J'ai acheté le 1e tome juste à la vue de sa couverture et son titre : nommé la genèse, un vaisseau spatial sortant d'un trou noir. J'aime les vaisseaux spatiaux, j'aime les mythes, j'aime les trous noirs... enfin vous m'avez compris, on parle de SF. Et à ce moment je ne m'attendais à lire une telle oeuvre. J'ai adoré, j'ai dévoré les tomes suivants. Cela remonte à... 3 ou 4 ans je crois, peut-être 5. Donc ma critique est à froid, avec le 1e album à mes côtés pour me rappeler mes impressions.
Deux éléments m'ont plu dans l'oeuvre : le fond et la forme. Bingo, le combo gagnant !
Sur la forme d'abord. Je ne suis pas particulièrement fan des dessins qui se veulent réalistes, ce qui est le cas d'UW1. En général, j'aime le fantastique, le délire, l'incongru, le bizarre. En ces termes, ce qui m'a attiré et m'a fait accroché le dessin de Bajram, c'est tout d'abord ses vues spatiales. Elles sont très souvent dans le même ton de couleurs, contrebalancée par un noir qui fait régulièrement le fond de l'image. Ajoutons à cela des cadres dynamiques lorsque les vaisseaux se déplacent, et nous avons une parfaite représentation du clivage entre l'Homme et le Vide : la vie face à la mort, la couleur face au noir, le mouvement face à l'immuable. La décision de Balti et l'acte qui s'ensuit à la fin du premier tome symbolise très bien cette frontière. Et cette symbolique va grandissante, au travers du récit et de ces introductions à caractères bibliques, celles-ci étant un poil clichées mais pas assez lourdes pour plomber l'oeuvre
Si l'impression de claustrophobie des vaisseaux est ainsi renforcée, amenant petit à petit l'oeuvre vers une profondeur funeste, L'aspect réaliste des dessins lui aussi joue son rôle : on est pas là pour jouer, il ne s'agit pas d'un récit de marioles. Ce qui se trame est vraiment flippant, on plonge dans l'inconnu, l'insoupçonnable.
Vient le deuxième point, le fond de l'histoire, le flip à proprement parlé : ces put*** de boucles temporelles. Ce scénario m'a bluffé, littéralement.
Pour reprendre ce que je viens de répondre il y a quelques instants à Petitcheminot ici:
Il est extrêmement bien foutu à mon sens ! Certes les boucles
temporelles sont choses assez complexes, mais Bajram explique très
bien son point de vue et sa méthode : l'Histoire selon les Hommes, en
fait le temps lui-même, contient déjà toutes les boucles temporelles
passées ou à venir, car la trame du temps est universelle, d'où le nom
de l'oeuvre Universal War One. Il n'y a pas d'univers parallèle, pas
de paradoxes temporels. C'est le paradigme de l'oeuvre, et nos
connaissances sur la dimension temporelle, sinon nos propres
perceptions, sont suffisamment floues pour que peu de monde voire
personne ne cherche à contredire ce concept. C'est peut-être une
feinte de Bajram, une astuce toute faite que certains trouveront trop
facile et mal venue. Moi je la trouve géniale car elle permet de faire
fleurir le récit au gré de l'évolution des personnages (où l'inverse
?), et par là-même d'envoyer le lecteur vers un sommet SF/anticipation
tout à fait satisfaisant.
Malgré cet acte de foi de ma part, je dois admettre que le dénouement
est assez perturbant voire décevant. C'est peut-être là où l'astuce de
Bajram est un peu trop facile.
Et oui si l'on prend le temps de comprendre les méandres du récit, aidé s'il le faut par le contenu additionnel du 6e tome - et à vrai dire on n'en a pas forcément besoin, le récit lui-même faisant assez bien la part des choses - on s'aperçoit que le Schmilblick temporel n'a pas de faille : tout y trouve parfaitement sa place. Donc Bajram, non content de rebattre le thème du voyage temporel bien connu de la SF, se permet de lancer ce sujet sur un axe nouveau (pas de paradoxe, pas d'univers parallèle) et le fait sans se planter, s'il vous plait. Là je crie "Maestria ! Bravo !".
S'il faut donner un point négatif à l'ensemble, comme je l'ai dit dans ma propre citation, c'est la conclusion qui tire sur une certaine facilité à laquelle on ne s'attendait pas vu l'imbroglio qui nous a amené là. C'est un peu dommage, mais vu les surprises que le tout m'a fourni, j'accepte volontiers que tout ne soit pas parfait.
Petitcheminot signalait aussi le côté quelque peu caricaturale des personnages. Je suis assez d'accord là dessus, mais je pense que c'est presque inévitable. On parle ici d'une guerre à l'échelle du système solaire. Une "simple" guerre à l'échelle nationale serait déjà trop grande pour ne compter que sur quelques personnages pour avancer un récit cohérent au travers d'une oeuvre similaire. Il est donc normal à mon sens que certains personnages focalisent les attentions et les réactions et finalement qu'ils tendent à un moment ou à un autre vers la caricature. Je n'y voit pas un mal, simplement un petit effet de bord naturel qu'on trouve dans beaucoup d'oeuvres de genre.