Le sang, les larmes, le malheur, la folie, la mort, ont toujours été là, proches de nous, nous encerclant, nous dévorant corps et âme. Mais il y avait aussi la beauté, les rires, l'amour, la liberté, l'art, la joie, de quoi faire passer cette pilule amère. Puis il n'y eu plus de roses pour personne. Au pilori toute liberté d'expression, toute différence, au cachot les intellectuels, les poètes, les homosexuels, les noirs... Une société nouvelle naissait sur les cendres des conflits d'hier, un monde où toute remise en question est bannie pour le bien de tous, et surtout des dirigeants.


Mais un jour, émergea une idée. Un murmure à peine perceptible qui devint un cri dans la nuit silencieuse. Née de la peur de l'auteur Alan Moore à l'idée de voir la Grande-Bretagne prendre doucement mais sûrement le chemin de l'intolérance, d'un fascisme ordinaire, V for Vendetta est l'illustration parfaite de cette révolte propulsée non pas par un être tout puissant fait de chair et de sang mais bien par un concept, par un symbole, par une idée à l'épreuve des balles.


Débutée en 1981 et achevée en 1988, V for Vendetta est une des oeuvres les plus marquantes d'Alan Moore, secondé par David Lloyd aux graphismes. Une oeuvre brutale, sans concession, inconfortable, nous renvoyant à travers la gueule un monde que nous aidons à instaurer consciemment ou pas. Convoquant toute l'horreur de l'histoire, donnant vie à toute la bassesse humaine, il n'en oublie pas pour autant la poésie, ni un romantisme flamboyant.


Car plus qu'une anarchie, certes utile au départ, Alan Moore prône la création, encourage la prise en charge de soit afin de bâtir un meilleur avenir pour tous. Du chaos doit impérativement naître quelque chose, sinon le combat n'aura servit qu'à faire couler le sang encore un peu plus. Par le biais d'un anti-héros radical, rappelant aussi bien Guy Fawkes que le fantôme de l'opéra, l'auteur interroge notre morale, notre potentiel extrémisme, nous pousse dans nos derniers retranchements, observe jusqu'où nous pouvons suivre ce fou magnifique sans remettre en cause ses actions.


Dans V for Vendetta, rien n'est simple, rien n'est manichéen, tout blanc ou tout noir. Tout est sujet à débat, complexe tout en restant d'une fluidité incroyable. Une écriture remarquable illustrée avec force par le talent de David Lloyd, offrant à nos yeux des planches absolument magnifiques, à la mise en page percutante. Un formalisme grandiose, bien plus cinématographique que ne le sera jamais n'importe quelle adaptation, hissant le comic-book vers des sommets hors de portée.


Aussi intelligent que visuellement somptueux, ne brossant jamais le lecteur dans le sens du poil, V for Vendetta est un titre exigeant, à manipuler avec délicatesse, tant il recèle en lui une puissance de feu tout simplement hallucinante.

Gand-Alf
10
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Le 20 novembre 2016

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