Mon premier contact avec l'Oeuvre de Moore... Sans verser dans le fanatisme décérébré, force est de constater que peu d'auteurs, toute littérature confondue, m'auront autant retourné que ce fils de Northampton. Cette première approche, je la dois au film du même nom, il y a de cela trois ans à présent. Diablement émoustillé par le personnage de V, je décide aussitôt de passer outre mes pauvres a priori esthétiques et viens m'abreuver à la source originelle... Dieu merci !


De quoi parle cette BD (ou roman graphique, on s'en fout...) ? Et bien de tout. De nous-mêmes d'abord. Du monde dans lequel nous vivons et des idéaux que nous faisons brûler dans la nuit, comme des phares inaccessibles. De nous-mêmes surtout. Qui est V ? C'est toi. Enfin, moi. Tout le monde et personne. Qu'est-ce ce que c'est alors ? Une certaine quête de perfection. Un accomplissement. Le stade où il y a plus de réponses que de questions, où les questions SONT les réponses.


V est la folie. Latente en chacun de nous. La création infinie qui explose les murs de notre prison. Le monde dictatorial contre lequel se bat V existe déjà maintenant. Il existe en nous. C'est la somme de nos préjugés, de notre peur. Tout ce qui nous limite, nous emprisonne dans des rôles trop bien connus, derrière des masques sordides qui prétendent être nous. D'où la tripotée de personnages (pour la plupart absents du film, simplification oblige) qui, d'une façon ou d'une autre, incarnent les vicissitudes de notre société, théâtre de marionnettes qui se prend trop au sérieux, oublieux que la vie est un jeu.


Inspecteur enfermé dans un boulot qui lui a présenté trop de cadavres, mari frustré sexuellement, femme maltraitée, tous des enfants fragiles, orphelins d'une guerre qui les a mis à nu. Si seul, si vide. Mais le Parti est là et son dictateur qui ne croit plus en l'Amour. L'ordre et la paix mais par pitié plus d'amour ! Défoulez-vous sur les "nègres", les "tapettes", les handicapés... NON ! hurle V. Voilà le magicien, l'acteur maudit qui vient rire au nez et à la barbe de tous ceux qui continuent d'avoir peur, tous ceux qui prennent trop au sérieux la grande Illusion, tel un bodhisattva goguenard.


V est le stade ultime de l'Homme, l'Homme libre, l'Homme sans Ego, celui qui est devenu tous les "ils" et toutes les "elles", l'Infini des possibles incarné en bouffon shakespearien.


Pour servir ce propos vertigineux, un dessin aux contours parfois inexistants, comme si les personnages étaient réduits à des taches de couleur, se fondant et se mélangeant aux décors ténébreux qui tentent de les dévorer. Un dessin exigeant, servant pourtant parfaitement le fond de l'histoire, au réalisme prêt à basculer à tout instant dans le conte de fées. Des couleurs pastels qui sont comme les cendres d'un grand brasier prêt à défigurer le ciel nocturne de notre apathie.


Voilà ce qu'est V pour Vendetta : un chemin, une voie parfois drôle, parfois inquiétante. Un formidable appel à la Vie grimé en "simple" bande dessinée. Une oeuvre majeure de la littérature mondiale. Voilà ce que c'est... pour moi ! Ce pourra être tellement d'autres choses... pour toi !

Le 5 janvier 2011

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2 commentaires

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