Il y a des bandes dessinées qu’on admire plus qu’on ne les lit, et Wika appartient clairement à cette catégorie. C’est magnifique, somptueux même. Olivier Ledroit signe ici des planches d’une richesse visuelle folle : explosion de couleurs, luxuriance baroque, décors féeriques saturés de détails. Chaque page ressemble à une vitrine de musée fantastique, un condensé de virtuosité graphique où chaque coup de pinceau respire la démesure. Impossible de ne pas être impressionné par tant de maîtrise technique.
Et pourtant… quelle lassitude. Derrière cette perfection visuelle, le vide. Le scénario, censé tisser une grande fresque féerique et tragique, s’étire sans direction claire. Les dialogues sonnent creux, la narration s’embourbe dans son propre lyrisme, et les personnages n’existent jamais vraiment. On regarde, on feuillette, on s’émerveille un instant — puis l’ennui s’installe. À vrai dire, je serais bien incapable aujourd’hui de raconter l’histoire : elle s’est évaporée, comme un parfum trop sucré.
Wika illustre à merveille ce déséquilibre entre forme et fond, entre beauté et intérêt. C’est somptueux à regarder, mais terriblement ennuyeux à lire. Une œuvre d’orfèvre pour l’œil, mais un somnifère pour l’esprit.
Un album à feuilleter comme un artbook féerique, pas comme une bande dessinée. Sublime, certes — mais creux.
Je suis désolé que ma critique soit brève, mais que dire de plus ? C’est beau, c’est chiant.