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Inutile de tourner autour du pot pour vous dire que ce 10 Cloverfield Lane laisse, après la séance, un sentiment mitigé. Je ne regrette pourtant pas mon argent. Mais le film est symptomatique d'une certaine manière d'écrire et de marketer le cinéma aujourd'hui.

Cela partait bien, pourtant. Confiné, tout comme l'héroïne, dans une situation où l'on ne sait pas réellement ce qu'il se passe, le film arrive sans mal à susciter la tension dans les premières minutes de l'enfermement. D'autant plus qu'il faut avouer que le geôlier, John Goodman, en impose pas mal et inquiète avec ses paroles prophétiques énigmatiques.

Mais de ce personnage vient l'un des premiers défauts de l'oeuvre. S'il représente la menace qui vient de l'intérieur rien qu'avec son allure débonnaire des plus inquiétantes, la manière dont le personnage est écrit laisse perplexe. Car la source du mal, peut être, provient de plusieurs motivations et éléments du passé que le scénariste lance à la tête du spectateur, comme s'il voulait être sûr que celui qui regarde tremble et mesure l'ampleur de la menace. Je vais essayer de ne pas trop en dire, mais Goodman est déjà décrit comme un ancien militaire adepte des thèses survivalistes avec un soupçon de pseudo-théorie du complot. On pourra aussi à l'occasion s'interroger sur son intention de sauver Mary Elizabeth Winstead d'un accident de voiture qu'elle a subi, ou encore sur son approche de la "famille".

Ajoutez à cela les questions constamment posées sur les vérités ou les mensonges qui sortent de sa bouche, alors que le personnage en lui-même entretient la tension dès qu'il apparaît dans le cadre, et vous comprendrez que 10 Cloverfield Lane souffre d'une surabondance qui finit par alerter le spectateur sur la volonté du scénariste de jouer au petit malin manipulateur. La même chose se produit en ce qui concerne la menace en dehors du bunker, dont la nature restera longtemps un (faux) mystère.

Cette volonté traduit le deuxième défaut du film, qui enquille les situations attendues et/ou improbables au sein d'un canevas qui devient très peu crédible à mi-chemin de l'aventure, sensation persistant avec l'attitude ou la bêtise de certains personnages. Ainsi, le scénario semble avoir été développé sur la base d'idées lancées en l'air et couchées sur le papier à la suite les unes des autres, sans qu'il y ait un quelconque recul sur la crédibilité, ni aucun filtre sur l'aspect surenchère perpétuelle d'une écriture irréfléchie qui n'hésitera pas à aller contre le concept de la survie dans un bunker. Au point de se rendre compte qu'au final, un personnage ne sert strictement à rien et de s'en débarrasser de manière abrupte. Si la surprise pourra faire sursauter et rajoutera une couche sur la versatilité de l'humeur de John Goodman, je n'ai pas pu m'empêcher de penser "tout ça pour ça ?".

Le retour à l'air libre, lui, tranche avec l'aspect jusque là posé de la réalisation. Le climax devient alors, dans une frénésie incontrôlable, un trip hystérique, tremblotant et assourdissant. Si le spectacle et les effets sont au rendez-vous, le scénario devient cependant encore plus incohérent (C'est à peine si un très gros bruit attire l'attention) et montre soudain un personnage totalement abruti puis, l'instant d'après, ready to fight et bad ass attitude devant l'image d'un choix final qui laisse particulièrement perplexe.

S'il entretient de manière vague une pseudo parenté avec Cloverfield pour bénéficier d'un buzz qui finalement, aura fait long feu, 10 Cloverfield Lane n'en partage pas pour autant la réussite (pour moi du moins, pas taper). Si l'ensemble se laisse suivre malgré quelques baisses de rythme, le film souffre d'une écriture à la ramasse et d'un soi-disant secret qui ne renouera finalement jamais avec l'impact de l'une des surprises de 2008.

L'histoire ne repasse que rarement les plats.

Behind_the_Mask, qui sort son nécessaire à couture.

Behind_the_Mask
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