Le corps ne suit plus. Il est haletant, en souffrance, cassé. Il reste parfois assommé, fourbu, sous les coups de ses adversaires. Chaque geste lui coûte et semble de plus en plus lourd. Ses plaies, elles ne se referment presque plus et sa peau suppliciée, constellée des cicatrices profondes, se charge de lui rappeler qu'il a certainement failli rester sur le carreau plus d'une fois.


Chaque balle qui lui transperce le corps fait mal, à l'aller, quand elle sort du canon et le brûle au passage, comme au retour, quand son corps les recrache avec difficulté. Le sang de ses ennemis, tout comme le sien, trouble sa vision et colore de pourpre ses tempes grisonnantes et sa barbe hirsute.


Le héros n'est plus là, semble-t-il. Usé, lessivé, désabusé, en bout de course, vulnérable. Il séquestre son mentor et forme mauvais ménage avec un mutant aux allures de Nosferatu, dans un repaire que n'aurait pas renié le dessin d'Andrea Sorrentino. Il vit en marge, dans le désert, et court après l'argent pour fuir loin de ce monde quasi uchronique dans la mythologie Marvel. Les mutants ne sont plus. Presque. Ce monde est arpenté par des mercenaires, des Reavers, à la solde d'un groupe obscur. Ils déboulent et font parler la poudre. Tout comme le métal comme prolongement de leurs corps qui l'a absorbé.


Ils traquent une arme mortelle en cavale, un dérapage, une expérience trouble et un produit scientifique contre nature incontrôlable... Sous l'apparence d'une petite fille mutique et sombre. Ce n'est pas sa guerre, pense-t-il. Mais les regards et les griffes, brillantes, se croisent. Et le combat engagé atteint des sommets rarement vus chez les X-Men. Tant ils sont sauvages, aveugles et sanglants. Les lames ne sont pas émoussées, au contraire. Elles tranchent, décapitent et s'enfoncent dans les chairs, illustrant une violence frontale, sans concessions, animale.


La bête reprend le dessus, malgré la douleur et la souffrance. Le Old Man évolue dans une sorte de western crépusculaire en forme de requiem, tandis qu'il promène son visage fermé et las de tant de combats menés, de tant de traques sans issue et de rêves d'intégration et de liberté brisés. Incarnés par le visage vieilli et la déchéance de son mentor, abruti pour oublier, coupable, désarmé.


Se forme alors une famille dysfonctionnelle et contre nature ou trois générations se côtoient, marquées par la mémoire (ou son absence) ainsi que par le déracinement. Et les blessures intimes qui ne se refermeront sans doute jamais. Le vieil homme et l'enfant vivent l'un à côté de l'autre, pas ensemble, alors qu'ils partagent une origine et une destinée tragique semblable. Ils s'apprennent. Sans se parler. James Mangold capture cela à merveille, jusqu'à filmer l'instant fugace d'une petite main qui se glisse dans une autre, plus grande, plus ferme, rassurante.


Les mots, entre eux, ne s'échangent pas. Ils s'arrachent tout d'abord puis se hurlent. Avant de se murmurer. Un seul, magnifique. Le Old Man se résoudra à se lancer, peut être une dernière fois, dans la bataille. Même si cela signifie la fin du voyage, sa rage l'anime encore. Entière, intacte, le muscle gonflé, les veines saillantes.Comme au premier jour de cet été 2000 où il a crevé l'écran pour la première fois, au sein d'une bande de mutants qui n'étaient pas encore à la mode, comme les comics dont ils étaient issus. La génération qui l'a vue évoluer a peine à croire que cela fait plus de quinze ans, tandis qu'une


Generation X


voit le jour et entre de manière étrange en résonance avec une actualité américaine en forme de Trumperie.


Il est dur de se rendre à l'évidence, tant il s'identifiait de manière immédiate à son personnage de papier. Mais Logan lui offre un écrin luxueux, juste traversé d'un très léger ventre mou le temps d'une halte. Un Last Stand, qui, au terme d'une odyssée poignante sous la caméra de James Mangold, généreuse, intime, nerveuse, a tout de la Standing Ovation.


So long, Hugh...


Behind_the_Mask, qui vient de perdre un ami.

Behind_the_Mask
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