2h15 d'esclavagisme avant la pub...

Avis sur 12 Years a Slave

Avatar Cyann Kairos De Ligre
Critique publiée par le

12 ans d'esclavage est un film malade.
Non pas qu'il soit inutile: la cause qu'il défend et le portrait des hommes plongés dans cette formidable injustice est légitime. C'est un film malade car bouffie d'un académisme des plus dégoulinant de platitude: l'esclavage c'est pas bien, les racistes non plus et la violence c’est horrible...
C'est terrible d'avoir une œuvre aussi forte réduite à ce pensum sans passion.
Toute l’intensité de ce drame, tout cet enfer, toute cette monstruosité, réduit finalement à un ersatz digne de "La Case de l'Oncle Tom".
Les scènes s'enchainent passant d'humiliations divers subie par notre "héro" à la souffrance la plus abject, le tout entrecoupé de pub (pardon, de magnifique plan de paysage) pour la Louisiane.
Les acteurs sont bon, certaines scènes fortes mais parasitées par un récit sans architecture véritable.
Le film s'étale ainsi en un kaléidoscope d'évènements subis, de bouts de sketch tirés de la vie de ce pauvre homme dont on a volé sa vie, que pense t'il ? que fait il ? comment souffre t'il ? qu'est ce qui l'habite ?
quelques esquisses de réponse sans volonté d’immersion psychologique essayent d'y répondre durant ces 12 années (12 jours? 5 mois? 4 semaines? impossible d'y répondre tant le temps apparait dilaté et sans repère)
Voila ce qui me dérange ici: le protagoniste principal de l'histoire me semble plus un faire valoir neutre qui serait présent pour mieux donner d’intensité aux autres rôles, ou pour mieux faire éclater la folie et la lâcheté des planteurs, esclave du film et de sa mise en scène, on s'identifie peu à lui.
C'est beau, très beau, l'image y est splendide mais rien ne s'imprime durablement.
Qui se souviendra bien de ce film dans 5 ans, qui vibrera encore pour lui dans 10 ans ?
Un film à Oscar, oh que oui!
C'est manichéen, calibré pour plaire au plus grand nombre quid à lui gommer sa personnalité, travaillé dans la forme tout en étant aseptisé.
Enfin, d'une passion mole et surtout très lâche, la révolte n'y est jamais présente.
12 ans d'esclavage n'est décidément pas ce brulot, cette œuvre tant attendue sur l'esclavagisme, génocide humaniste qui sévi encore de nos jours.
En attendant, relisez Racine, ou revoyez la série tirée de cette œuvre, le propos y est bien plus intense

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