Même si le résultat est rarement à la hauteur et que les défauts prennent souvent le dessus sur les intentions, j’ai beaucoup d’admiration et de respect pour l’abnégation et le courage de ces réalisateurs quasiment amateurs qui consacrent une partie de leur vie à faire des films avec leur seule passion comme moteur. Même si ce n’est pas en continu, 13 Notes en Rouge représente dix années de travail et de passion pour son réalisateur François Gaillard avant d’accoucher d’un film qui sortira uniquement en Blu-ray chez un petit éditeur indépendant, Sadique Master Distribution. De l’artisanat, du « fait main », qui certes ne dédouane pas le spectateur de tout esprit critique, mais invite à un regard peut-être un peu plus bienveillant que face à une grosse production au budget bien confortable.
Dans 13 Notes en Rouge, nous allons nous plonger dans les souvenirs de Charlotte qui se réveille alors qu’un psychopathe est en train de massacrer sa coloc’. Le tueur cherche quelque chose, mais Charlotte a complètement oublié sa folle soirée et doit forcer sa mémoire pour sauver sa peau ; des brindilles de souvenirs commencent alors à redessiner le fil des événements.
13 Notes en Rouge est pour moi le meilleur film de François Gaillard et celui qui possède le rendu visuel le plus professionnel ; le long-métrage est même par moments (malheureusement trop brefs) une vraie et belle réussite. Une nouvelle fois, 13 Notes en Rouge possède les qualités de ses défauts et François Gaillard cite avec abondance et générosité le cinéma qu’il aime, à commencer par le giallo, de Sergio Martino à Mario Bava en passant par Argento, mais aussi le cinéma de Seijun Suzuki, l’épouvante gothique héritée de la Hammer et d’autres multiples références à Kubrick, Walter Hill ou Brian De Palma. Le petit problème de François Gaillard, c’est que l’on a parfois la sensation qu’il ne digère pas forcément ses multiples influences pour en faire sa propre matière, mais les recrache simplement à l’écran pour rendre un hommage déférent à sa cinéphilie. On sent tout de même que François Gaillard a cette fois ci clairement soigné sa mise en scène, ses cadres, ses ambiances, ses lumières et ses couleurs : 13 Notes en Rouge est un objet un peu baroque, un peu fou et fantastique, rempli de très belles images, parfois gratuites et tape-à-l'œil, mais fort jolies tout de même. Cette générosité se retrouve aussi dans la violence ultra-graphique du film qui s’amuse à régulièrement inonder l’écran et les corps des actrices d’un sang rouge vif qui coule, chaud comme de la lave en fusion. Le film, même s'il ne fonctionne pas complètement sur toute la durée, comporte quelques très chouettes scènes de cinéma horrifique qui transpirent l’amour du genre, comme une série de meurtres un peu folle avec un split screen redoutablement efficace, surtout dans son montage. Et même si l’on sent que parfois François Gaillard se complaît aussi à faire de l’image sans trop de justification — comme ces interminables plans érotico animaliers de femmes dévêtues avec des bestioles dangereuses qui courent, rampent et marchent sur leurs corps (mygales, scorpions, serpents...), dans l’ensemble l’aspect purement visuel du film reste son gros point fort.
Malheureusement, il serait malhonnête intellectuellement d’oublier les nombreux défauts du film qui restent assez inhérents à ce type de production. Il faut commencer par la direction d’acteurs assez hésitante, les amies ne faisant pas toujours naturellement de bonnes comédiennes. Les actrices auront beau donner beaucoup de leur personne et ne pas être catastrophiques non plus, la pauvreté des dialogues bien trop écrits ne semble pas leur permettre d’exister pleinement et de façon naturelle à l’écran. Si Jeanne Dessart incarne le personnage central du film avec une générosité qui force le respect, on retrouve aussi Marine Bohin, visage, et surtout voix, bien connu des amateurs de la critique YouTube (Les Gardiens du Cinéma), qui depuis a fait son entrée dans le cinéma professionnel avec Belle Enfant en 2024. En tout cas, François Gaillard semble mieux diriger ses actrices que ses comédiens, à l’image de ce pseudo-chef de gang de filles badass en rollers sorties des Guerriers de la Nuit version bis italien, sauf qu’il ressemble plus à un représentant de commerce adipeux qu’à un dangereux sadique. Car oui, 13 Notes en Rouge sombre aussi parfois un peu dans le ridicule avec des idées qui claquaient peut-être sur le papier mais ne parviennent pas toujours à convaincre à l’écran, comme ce tueur BDSM musculeux qui semble sortir d’une boîte de nuit gay de province, l’intervention de marionnettes qui nous expliquent les errements mentaux de l’héroïne ou cet érotisme omniprésent et tellement superficiel qu’il est, au bout d’un moment, aussi douteux que rigolo. Le scénario manque aussi de force et de profondeur et, même si Gaillard noie un peu le poisson dans une surenchère de délires visuels et fantasmagoriques, cette histoire de gueule de bois et d’objet volé reste tout de même bien légère, y compris pour un film d’à peine 75 minutes.
Voilà, 13 Notes en Rouge est incontestablement le meilleur film de notre Bava de Montpellier, notre Argento héraultais… Même si j’ai parfois trouvé le temps long et souri de temps en temps aux dépens du film, l’objet rouge sang reste visuellement assez fascinant, au point d’espérer qu’un jour on donne un peu de pognon, de confort et de temps à François Gaillard pour voir ce qu’il vaut vraiment (faudra aussi lui donner un scénariste à l’occasion). On a bien donné plus de 10 millions à Fabien Onteniente pour qu’il se foire au box-office avec 4 Zéros, on peut bien en filer cinq à ce bon Gaillard pour qu’il s’amuse, non ?