Malika la reine du désert dans un road-movie immobile

Avis aux routiers : le Bagdad Café a déménagé au 143 Rue du Désert.


Il y a toutes sortes de "road movies" où l'on suit des parcours inoubliables tout au long de routes incroyables.


Et puis il y a "LE" road-movie, celui de l'algérien Hassen Ferhani qui inverse le mouvement et qui a posé sa caméra immobile au bord de la route, la Transaharienne, la RN 1 algérienne, la Transahara Highway qui relie Alger aux villes subsahariennes comme Lagos en passant par Tamanrasset : des milliers de kilomètres de bitume, de sable et de caillasse.


À plus de mille bornes au sud d'Alger, à mi-chemin de Tamanrasset, Malika, la reine du désert, tient une minuscule buvette, seule avec un chat et quelques chiens.


Son château est un cube de béton et de parpaings, où elle vend quelques bouteilles d'eau, du thé, des clopes et des omelettes dans les bons jours.


Malika a son caractère et son franc parler, ceux d'une simple et vieille mama de 75 ans qui a traversé toutes sortes d'épreuves et à qui on ne la fait pas.


Par sa porte, un écran ouvert sur la route, une véritable lanterne magique, elle regarde passer les camions, quelques voitures, quelques motos aussi qui ont remplacé les chameaux, et même quelques silhouettes à pied sorties d'on ne sait où et allant vers autre part.


Ceux qui s'arrêtent, c'est pour prendre le thé et bavarder avec Malika. Ils racontent un petit peu de leur vie, un petit peu de celle du monde et Malika ira de son petit commentaire.


Ces cinquante mètre de bitume sont tout le royaume de Malika et en passant, chacun y laisse un peu de soi.


Tranches de vie 100% humanité garantie où l'on s'amuse, où l'on danse, où l'on pleure parfois, où l'on baille et s'ennuie aussi quand ça ne fait que passer sans s'arrêter.


Le plus remarquable c'est qu'il s'agit d'un "documentaire" et pas d'un film de fiction : chacun y apparait dans son propre rôle.


Comme un fil rouge, on voit au fil des plans, grandir une future station service à côté du boui-boui de Malika : sera-ce la fin ?


Contemplatif et zen, leçon de vie complètement hors d'atteinte pour nous, un peu long et répétitif mais c'est le prix à payer pour s'approcher un peu de la philosophie de Malika.


Un film à voir entre deux séances de zen-yoga, ne serait-ce que pour les cadrages magiques qui composent de véritables tableaux d'art.

BMR
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le 26 juin 2021

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Bruno Menetrier

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