Au lycée, deux adolescents de 16 ans tombent amoureux au premier regard. Sauf que le garçon est le fils du patron de l'hypermarché, qui a viré le frère de la jeune fille car il est accusé d'avoir volé une bouteille de vin. Ces différences et ces difficultés qui s'amoncellent ne vont pas empêcher cet amour d'éclore, pour le meilleur mais surtout pour le pire.
L'échec de Toutes nos envies en 2011 a semble-t-il freiné la carrière de Philippe Lioret car excepté Le fils de Jean et un téléfilm en 2020, il se fait trop rare au cinéma. De plus, les accusations d'agressions sexuelles [en 2024] risquent même de mettre un terme à sa carrière.
Si je parle cinéma, c'est un cinéaste irréprochable, un des rares dont la carrière ne souffre d'aucun réel canard boiteux ; et c'est le cas pour 16 ans, qui est une retranscription à l'ère moderne de Roméo & Juliette, avec les différences sociales qui s'imposent. Lui vit dans un milieu aisé avec un père gérant d'un hypermarché. Elle dans une banlieue avec un frère dealer, aux nombreuses casseroles.
Le premier point qu'on peut dire est la qualité générale de l'interprétation qui est formidable ; la plupart sont des noms peu connus, ou des seconds rôles comme Jean-Pierre Lorit ou Nassim Lyes (que j'ai vu dans Farang, ce qui n'est pas le même style), mais le couple vedette joué par Sabrina Levoye et Teila Azaïs a quelque chose de bouleversant, car on a envie de croire à leur union impossible, voire improbable, elle liée par des traditions qui l'empêchent d'éclore, et lui empêchée par ces traditions qui le freinent.
Le tout excellemment bien filmé, car le réalisateur filme l'appartement où vit la jeune fille comme une sorte de prison, où sortir y est difficile, et les rares scènes en extérieur sont comme des moments de respiration en opposition à la façon de filmer en contre-plongée l'immeuble de banlieue comme une sorte de tour maléfique. Peut-être pourra-t-on dire que c'est un film assez sombre, où tout semble être d'une grande noirceur, y compris le final, mais Lioret a su s'approprier avec maestria le texte de Shakespeare en l'adaptant à notre époque, ce qui rajoute au fond une grande émotion.