28 ans plus tard
6.2
28 ans plus tard

Film de Danny Boyle (2025)

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Il y a des retours qu’on attend avec impatience. Et puis il y a ceux qu’on aurait préféré ne jamais voir advenir. 28 ans plus tard, nouvel opus d’une saga devenue culte, ouvre une nouvelle trilogie sous la houlette du tandem originel Danny Boyle / Alex Garland. L’attente était immense, l’ambition affichée, la déception l’est tout autant. Ce troisième volet n’est pas seulement une erreur de trajectoire : c’est un film boursouflé, creux, et terriblement maladroit, qui trahit l’esprit de ses prédécesseurs pour sombrer dans un chaos aussi prétentieux que mal exécuté.


Un film qui ne sait pas incarner son propos

Dès les premières minutes, Boyle affiche ses intentions : dresser un parallèle entre un monde post-apocalyptique revenu à un mode de vie médiéval, et les grandes dérives militaristes du passé. Le problème n’est pas tant le message , plutôt intéressant sur le papier, que la manière pataude dont il est martelé à l’écran. Le film présente vers son début une accumulation d’images d’archives (chevaliers, guerres mondiales, enfants acclamant des soldats), juxtaposées de manière trop explicite avec les personnages de la communauté où vit le protagoniste. Ce symbolisme écrasant, censé nourrir le récit, ne fait que l’étouffer. Boyle ne fait plus confiance à la mise en scène ni à son public. Il explique, souligne, répète et fatigue.


Une mise en scène qui frôle l’autoparodie

Il faut dire que 28 ans plus tard est victime d’un véritable délire esthétique. Boyle multiplie les expérimentations visuelles comme un étudiant en cinéma découvrant Final Cut Pro : arrêts sur image absurdes, caméra qui traverse l’écran latéralement lorsqu’un infecté est tué, filtres agressifs… autant d’effets de style aussi inutiles qu’envahissants, qui n’apportent rien, sinon la confusion. Le montage devient rapidement illisible, rendant les scènes d’action brouillonnes et dénuées d’impact.


Pire encore, le montage sonore n’est jamais en phase avec l’ambiance que le film prétend installer. La musique surgit de nulle part, la voix-off du début est inutile, et jamais, à aucun moment, la bande-son ne parvient à créer une quelconque tension. Dans un film d’horreur, c’est plus qu’un détail : c’est un naufrage.


Des infectés ridicules, une tension inexistante

L’un des points les plus consternants du film reste sans doute la gestion de la menace. Les infectés, qui faisaient la force brutale et implacable des deux premiers volets, sont ici réinventés... pour le pire. Boyle introduit deux nouveaux types d’infectés : des versions rampantes et massives censées créer des attaques surprises (elles font surtout sourire), et un « Alpha », infecté spécial au potentiel narratif immense, mais complètement sous-exploité. Il n’est ni effrayant, ni impressionnant, et devient même risible dans sa dernière apparition. Le danger, la pression, la survie : tout cela s’évapore dans une mise en scène incapable de générer la moindre angoisse.


Une écriture bâclée, des personnages absurdes

Mais le cœur du problème, c’est le personnage principal. On suit un enfant : Spike, dans sa quête d’émancipation. L’idée est là. L’exécution, elle, est catastrophique. Le personnage est insupportable, accumule les décisions absurdes et irréfléchies, sans jamais être remis en question par l’écriture. Là où le personnage d'Andy de 28 semaines plus tard, bien qu’imparfait, servait un arc narratif cohérent et émotionnellement pertinent, Spike semble être écrit pour forcer l’intrigue à avancer de manière artificielle.


Le jeune Alfie Williams, mal dirigé, peine à rendre son personnage crédible : le surjeu est fréquent, l’implication absente. Autour de lui, c’est le désert : Aaron Taylor-Johnson est transparent, Edvin Ryding oublié sitôt son dernier plan terminé. Et que dire de Jodie Comer, réduite à un rôle ridicule, qui n’existe que pour soit disant développer la psychologie du héros principal, avant de disparaître de l'intérêt du spectateur ? Même Ralph Fiennes, pourtant magnétique en général, hérite d’un personnage dont les motivations sont à peine effleurées. Un immense gâchis d’un casting pourtant prometteur.


Une trilogie qui commence par saboter l’héritage

Enfin, impossible de ne pas évoquer le mépris flagrant pour la continuité de la saga. Le film ignore tout bonnement les éléments cruciaux de 28 semaines plus tard (notamment sa fin), piétine la logique scientifique établie jusque-là, et semble croire qu’il peut tout réinventer sans justification. Des incohérences scénaristiques majeures parsèment le récit, avec notamment une scène dans un train qui défie toute logique interne… et biologique.


Le plus affligeant, c’est que ce film ne se suffit pas à lui-même. Il clôture sur une dernière scène absurde, en total décalage de ton et d’univers avec les deux films précédents. Une scène qui vient non seulement décrédibiliser ce film, mais jette une ombre grotesque sur ses prédécesseurs, au point de remettre en question l’intérêt même de continuer cette nouvelle saga.


28 ans plus tard n’est pas qu’un film raté. C’est une trahison artistique d’une saga qui avait su marier intelligence, tension et radicalité. En voulant à tout prix en faire « plus » : plus stylisé, plus thématique, plus symbolique, Danny Boyle livre un film qui sonne creux, qui s’agite dans le vide, et qui ne comprend plus ce qui faisait la force de l’univers qu’il avait contribué à créer.

Rarement un film n’aura aussi peu donné envie de voir la suite.

CatchOnline
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le 19 juin 2025

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