28 ans plus tard
6.2
28 ans plus tard

Film de Danny Boyle (2025)

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28 ans plus tard : une suite attendue, mais en demi-teinte

Je sors tout juste de la projection de 28 ans plus tard, et un sentiment partagé me domine. Comment ne pas ressentir une certaine ambivalence face à un film dont l’attente s’est étirée sur 23 longues années depuis 28 jours plus tard (2002). Il faut bien l’avouer : ce troisième volet, aussi attendu qu’une résurrection cinématographique, ne répond pas pleinement aux espoirs nourris par les deux premiers opus.


Dès la bande-annonce, le film promettait un retour à l’essence même de la saga : un univers angoissant, brut, presque nihiliste, où l’horreur n’est jamais gratuite mais profondément ancrée dans le désespoir humain. Pourtant, dès les premières minutes du film, une déception s’installe. Danny Boyle — de retour à la réalisation après avoir laissé la place à Juan Carlos Fresnadillo pour 28 semaines plus tard — semble vouloir recréer l’intensité viscérale de l’ouverture culte du deuxième film. Mais malgré des efforts notables de mise en scène, notamment dans un prologue nerveux et stylisé, la tension ne parvient jamais à atteindre les sommets de frayeur et d’urgence de ses prédécesseurs.


Le film prend une direction nouvelle, en s’inspirant visiblement de l’univers vidéoludique. L’influence de titres comme The Last of Us ou Days Gone est palpable : les infectés sont désormais divisés en "classes", certains prenant presque la forme de "boss" à affronter. Cette surcouche narrative, censée enrichir le "lore" de la saga, donne parfois une impression de lourdeur ou de superficialité. L’horreur organique et quasi documentaire des premiers films laisse place à un spectaculaire plus calibré, moins inquiétant.


Sur le plan du casting, Aaron Taylor-Johnson livre une performance solide, tout comme le jeune Alfie Williams dans le rôle de Spike, qui parvient à incarner la candeur mêlée de brutalité inhérente à cet univers. En revanche, certains personnages secondaires, comme celui du Dr Kelson, souffrent d’un traitement trop expéditif, voire bâclé. Le potentiel dramatique de leurs arcs narratifs reste sous-exploité, ce qui nuit à la richesse émotionnelle du récit.


Cela dit, il serait injuste de nier la maîtrise visuelle du film. Boyle reste un grand technicien de l’image, et certaines séquences d’action, ultra sanglantes et chorégraphiées avec soin, rappellent à quel point l’univers 28 est viscéral et saisissant. L’Angleterre post-apocalyptique, toujours aussi morne et dévastée, conserve sa force esthétique et symbolique.


Mais que dire de cette fin, qui verse dans une forme d’humour presque absurde, brisant le ton grave et tragique construit jusque-là ? Ce choix de rupture peut se lire comme un clin d’œil désabusé, voire comme une tentative d’ironie postmoderne. Mais dans un film qui se voulait le prolongement d’une saga iconique de l’horreur britannique, ce ton dissonant apparaît plus comme une faute de goût que comme un geste audacieux.


En conclusion

28 ans plus tard n’est pas un mauvais film, loin de là. Il bénéficie d’une réalisation efficace, de bonnes performances d’acteurs, et d’un certain savoir-faire visuel. Toutefois, il pêche par un scénario trop convenu, un manque de tension durable, et une volonté parfois trop visible d’enrichir artificiellement son univers. Si le film peut séduire un nouveau public peu familier des deux premiers opus, les amateurs de la première heure resteront sans doute sur leur faim.


Reste à savoir si cette suite ouvrira la voie à un hypothétique 28 siècles plus tard. Mais pour cela, il faudra d’abord retrouver l’essence qui faisait la force de cette saga : une horreur réaliste, sociétale, presque politique, plus proche de Day of the Dead que de Resident Evil.

TheBabyInTheBox
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le 18 juin 2025

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