CRITIQUE : 2:22 – Chronique d'une catastrophe aérienne et artistique

Il est des films mauvais, et il y a 2:22. Ce n’est pas simplement un ratage, c’est une épreuve de force, une insulte caractérisée envers quiconque a déjà mis les pieds dans un aéroport ou possède une paire d'yeux fonctionnelle. J'adore le fantastique, je suis prêt à tout pardonner pour un peu de frisson surnaturel, mais ici, le réalisateur Paul Currie réussit l'exploit de saborder son propre navire avant même qu'il ne quitte le port. Ce naufrage se joue en trois actes douloureux, concentrés dans les vingt premières minutes, qui transforment un thriller potentiel en comédie involontaire.

Le premier clou du cercueil est planté dès la 9ème minute. Nous sommes dans la tour de contrôle, lieu censé incarner la rigueur et la sécurité absolue. Mais dans l'univers de ce film, c'est une annexe du PMU du coin. On y découvre Dylan, notre "héros", qui gère le trafic aérien comme on joue à la roulette russe. L'ambiance est au pari, à la vanne, "est-ce que ça passe ou ça casse ?". C'est d'une bêtise abyssale. On nous demande de croire à ce génie incompris qui transforme la vie de centaines de passagers en un jeu d'ego ridicule avec ses collègues. C'est le moment précis où le film perd toute crédibilité : on ne croit plus au personnage, on ne croit plus à son métier, l'immersion est brisée net par cette écriture d'une fainéantise crasse.

La sanction tombe logiquement quelques minutes plus tard : le pari est perdu. Le crash est évité de justesse, mais le crash cinématographique, lui, est total. Dylan est suspendu, et le spectateur devrait l'être aussi. Mais le calvaire continue. Vers la 20ème minute, alors qu'on pense avoir touché le fond, le film sort une pelle et creuse encore. Le héros se rend à un spectacle pour se changer les idées. Ce qu'on nous inflige alors est une agression visuelle : un ballet de "danse aérienne" sur fond d'hologrammes spatiaux d'une laideur sans nom. C'est l'esthétique du vide, du "kéké" artistique prétentieux, filmé avec la subtilité d'une pub pour gel douche. C'est laid, la musique est insupportable, et c'est pourtant là, au milieu de ce néant de bon goût, que se joue la rencontre romantique du film. Une scène d'une telle banalité qu'elle en devient gênante.

La seule bonne nouvelle à retenir de cette débâcle, c'est que Paul Currie a eu la décence de ne pas commettre d'autres crimes majeurs derrière la caméra depuis (ou presque). Sa filmographie en tant que réalisateur est quasi inexistante, et c'est un soulagement pour le 7ème art. 2:22 reste donc un ovni de médiocrité, un film qui se croit intelligent avec ses motifs répétitifs et sa conclusion fantastique tirée par les cheveux, mais qui n'est au final qu'une coquille vide, mal jouée, mal écrite et visuellement datée. À fuir comme la peste.

P.S. : J'ai vérifié la note globale sur SensCritique et elle est loin d'être catastrophique, ce qui est ma plus grande surprise ! J'en déduis que ce score est sans doute gonflé par le public "romance à l'eau de rose" et "bon enfant du dimanche soir" qui pardonne toutes les incohérences (notamment la tour de contrôle ridicule) tant qu'il y a un semblant d'histoire d'amour et une fin un peu cosmique. Mais pour qui cherche un film fantastique rigoureux et bien écrit, la note devrait être bien plus basse.

Irw20
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le 10 déc. 2025

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