Je comptais ne pas être trop sévère avec ce sous-Elephant, mais face aux twists saugrenus des 20 dernières minutes je n'ai vraiment pas eu d'autres choix !
Murali K. Thailuri est clairement un fan de Elephant qu'il a dû regarder en boucle et dont il a certainement acheté toutes les analyses écrites. C'est bien simple TOUT dans 2h37 rappelle ce film de Gus Van Sant ! C'est bien d'avoir des références, mais vient un moment où l'artiste doit s'en dégager pour produire quelque chose de personnel. Et si 2h37 part d'un sentiment personnel de déboussolement lors de l'adolescence, le traitement vire à la science fiction pure ; on sent bien que l'auteur ne sait pas de quoi il parle, et ainsi il accumule tous les clichés sans jamais leur donner aucune substance, si bien que l'histoire sonne comme une grosse farce lorsque le générique apparaît. A la limite ça aurait pu passer si Murali ne s'était enfoncé tête première dans des retournements de situation dignes d'un thriller.
Un autre souci est que l'auteur misérabilise trop ses personnages ; ceux-ci ne font que se plaindre ou subir, jamais il ne leur est donné la possibilité d'agir. Puis il y a ces plans à la documentaire bien redondants, ben inutiles pour comprendre l'état d'esprit des personnages ; c'est là un manque flagrant de subtilité qui permet de creuser la différence entre Gugus et le jeune Murali : là où Gugus jouait sur une épuration ultime et laissait le non-dit s'exprimer, le jeune réalisateur en dit beaucoup trop, et est beaucoup trop démonstratif. La poésie qu'il tente alors d'amener au travers de quelques plans-accidents (filmer des fuilles ; le caméraman avait oublié d'éteindre la caméra, mais ça a été jugé cool lors du dérushage) à l'instar des plans de nuage dans Elephant, paraît comme inadapté, maladroit, et alourdi le propos inutilement.
Autre grosse différence entre les deux auteurs : Gus Van Sant utilisait un évènement pour rallier toutes les troubles de l'adolescence (en tant que métaphore bien sûr) alors que Murali T. Thalluri sombre dans le détail en tentant d'individualiser ses conflits ; les liens paraissent alors faibles, contradictoires, ridicules.
Bref, 2h37 est un sous-Elephant ; une mise en scène similaire (depuis l'image jusqu'au son en passant par le casting, le montage, etc.), pour une écriture nettement moins efficace, notamment à cause d'un manque d'épuration dans l'intrigue.