Un film de 1986, mais tellement prémonitoire d’un certaine manière , dérangeant , hors des sentiers battus, libre, qui annonce tous les débats contemporains autour du consentement et des relations mineure/adulte.
Ici cette jeune fille de 14 ans, issue d’un lieu modeste, qui s’amourache d’un quadra, un peu bellâtre , play- boy , un peu dans le Business. Bien sûr celui-ci est attiré par la fraîcheur de la jeune fille, aussi bien morale que physique . Mais celle-ci hésite , elle ne sait pas ce qu’elle veut. Et Breillat s’amuse de ces hésitations, nous démontrant que la séduction est un processus complexe, que le consentement est relatif , que la jeune fille veut bien perdre sa virginité, essayer autre chose, commencer à devenir femme, mais n’est pas sûr que c’est le bon moment et du choix du bon personnage/ partenaire pour une 1ere fois . Mais avec ces 14 ans, elle incite, elle provoque, elle manipule. Le quadra, magnifiquement joué par Etienne Chicot , un de ses meilleurs rôles, qui lui, est disposé à en profiter, et à l’aider d’une certaine manière, à passer ce cap.
Breillat est amorale, elle ne porte pas de jugement, elle nous montre juste cette relation complexe, en toute liberté, Breillat est unique, souvent déroutante et produit un cinéma brut, libertaire. Ce film ne pourrait probablement plus se faire aujourd’hui, il ferait hurler les néo-féminismes. Mais quelle justesse, quelle intelligence, quelle magnifique description de cette adolescente rebelle, qui hésite mais déterminée, d’ailleurs elle perdra bien sa virginité toute en maîtrise, mais pas comme on le croyait. Son film est une étude de mœurs incroyable, unique, atypique, qu’il faudrait projeter au ciné -club des lycées français.
Je ne suis pas enthousiaste sur la jeune actrice, un autre casting aurait pu donner encore plus de force au film. Par contre elle est très impliquée dans une incroyable scène de dispute avec son père, une sorte de happening ultra-dense , violent, hystérique, on croit voir du Cassavetes , le père joué magnifiquement par Jean- François Stévenin, formidable acteur, trop tôt disparu , mais aussi réalisateur d’une pépite culte des années 70 , « le Passe montagne », le plus Célinien , des réalisateurs français.
L’action se situe à Biarritz , la ville est très joliment filmée.