Nerveux, noir, le film devenu culte d’Olivier Marchal me laisse pourtant un goût amer dans la bouche. D’un côté, les scènes d’action sont efficaces, mais certains effets de mise en scène sont franchement sales, datés (certaines transitions entre les scènes notamment).
Un défaut d’Olivier Marchal, je trouve, est que dans sa peinture d’un monde poreux, entre le la criminalité et la police, il oublie d’intégrer tout élément qui y est extérieur. De ce fait, le policier de ses films, à l’image déjà largement écornée par ses comportements antipathiques (le passage où, comme des kékés, ils vident leur chargeur sur une souris), n’apparaît jamais comme un protecteur de la population, puisqu’il n’entretient pas de rapport avec elle ; seule demeure la lutte contre les criminels. Et, en l’absence de l’aspect bénéfique de la mission du policier, celui-ci ne peut qu’apparaître comme antipathique. Ce problème touche assez peu ce film-ci en particulier, mais il culminera avec la série Section Zero.
Un autre défaut est l’incohérence entre le réalisme dans lequel le film est supposé nous immerger, et les improbabilités du scénario : Depardieu qui fait foirer une opération en fonçant dans le tas, la scène avec Daniel Auteuil dans le bureau du juge,… Tout cela fait qu’on finit par se désintéresser de l’intrigue, qui aboutit, absurdement, à cette scène où Depardieu se fait tuer après avoir été menacé par un Daniel Auteuil guère inquiété de sa séquestration d’un juge.
Plein de défauts donc dans un film qui, malgré tout, conserve des qualités. Marchal va ensuite s’améliorer, pour nous offrir les très bons films que sont, à mon avis, les Lyonnais, et Carbone.