Avec ce film, Olivier Marchal s’est octroyé une place laissée vacante depuis trop d’années, à savoir celle du spécialiste du polar français.
Maîtrisé de bout en bout, ce film au scénario conventionnel mais efficace est un vrai récit d’hommes. Comme il va le montrer par la suite, ce n’est pas la destination qui compte, car on la voit venir, mais le trajet.
Il préfère s’attacher aux trajectoires des personnages et du coup, il nous brosse un portrait, à mi-chemin entre phantasme et vécu, de deux ogres du 36 QUAI DES ORFÈVRES. Il s’appuie sur son expérience d’ex-flic pour nous montrer tous les rouages et la politique nécessaire à l’accomplissement de la carrière. Plus on monte dans la hiérarchie et plus les compromis (la compromission) est présente. Dussolier en est le parfait exemple, couvrant certains points, et malgré l’affection qu’il porte à Vrinks (Auteuil), en lui cachant des choses.
Cela aurait pu être manichéen, avec un Auteuil chevalier blanc et un Depardieu (peut-être un de ses meilleurs rôles) salopard intégral. Sauf que c’est plus compliqué que ça. Auteuil franchit souvent la ligne jaune (pour pouvoir exercer correctement son boulot), mais a visiblement à son passif le fait d’avoir piqué la femme de Depardieu.
Ce dernier en pourri arrogant, danger ambulant, avide de pouvoir, laisse tomber l’armure pour montrer un mal-être dû à ce différend entre eux.
Cela sent évidemment le vécu de flic.
Marchal convoque également ses références cinématographiques. On ne peut s’empêcher de penser à Melville (et du coup à Alain Corneau) avec cette étude quasi-ethnologique de ces groupes de personnages, s’attachant à nous décortiquer les relations, avec un sens du détail très avancé.
Les scènes d’action bien rythmées et découpées ramènent inévitablement à Verneuil, avec un sens très proche de Friedkin également, filmant au plus près ces phases. Elles ne sont pas là pour l’action mais bel et bien pour faire avancer l’histoire.
Si le polar est la référence évidente, on ne peut s’empêcher également de rapprocher tout ça du western, divers éléments nous y replongeant : la scène du défouraillage sur la souris, le thème de la vengeance attendant son heure, les costumes de la BRI (magnifique copie des cache-poussière), la musique avec des accents très Morricone, le rôle des femmes (semblant minime mais véritable rouage), et les gueules marquées (Daniel Duval en tête).
On ne peut également pas s’empêcher de penser à HEAT de Michael Mann, avec cette confrontation entre deux de nos meilleurs acteurs.
Pour ceux qui aiment les histoires d’hommes.

lolodu87
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le 25 juin 2020

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Lolo

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