Deuxième (et dernière) partie du diptyque autobiographique d'Henri Verneuil, nous avons fait ici un bond de quarante ans plus tard, avec Azad Zakarian qui est devenu un dramaturge renommé plus connu sous le nom de Pierre Zakar. Il est étrange que l'histoire se passe à l'époque contemporaine, alors que 40 ans plus tard par rapport à Mayrig, l'action se serait passée dans les années 1960 et que le personnage principal serait beaucoup plus âgé que Richard Berry. Enfin bon, les conventions du cinéma...


A travers une mise en abîme, qui montre que ce qu'on a vu dans le premier film était tiré d'une pièce de théatre, c'est bien évidemment la vie d'Henri Verneuil qu'on voit, sauf qu'ici, il n'est pas question de cinéma. Et c'est également un film sur les origines, sur le passé, qui revient à la surface à la disparition du père, toujours joué par Omar Sharif.
Pour tout dire, cette suite est un peu moins intéressante que les origines, car outre le problème temporel que j'ai dit plus haut, il y a aussi quelque chose d'étrange lorsque Richard Berry rencontre sa future femme, car la scène d'après, ils sont mariés depuis quinze ans, et on apprend un peu par hasard qu'ils ont deux enfants, lesquels auront leur importance plus tard.
On dirait que Verneuil a été comme aimanté par la famille Zakarian, oubliant tout le reste. Il reste quelques flashbacks, dont un très fort sur un gouter d'anniversaire humiliant pour le petit Azad, dont un de ses copains d'enfance joué par Jacques Villeret viendra lui demander un service pour son fils, la queue entre les jambes. On voit que ce Zakarian est quelqu'un de droit, honnête, pas revanchard sur son triste passé, mais pour qui sa famille de sang représente tout, presque avant celle qu'il s'est créée, au grand dam de son épouse.


Si je trouve toujours Richard Berry un peu froid et hautain, son père que joue Omar Sharif y est magnifique , gardant sa dignité malgré la maladie, revenant toujours à ses origines modestes, il est tel un phare pour son fils, qui va avoir des mots à son encontre, qu'on n'entendra pas, poussé par son épouse à s'éloigner de cette famille. On y retrouve toujours Claudia Cardinale, pas gâtée par l'épais maquillage, plusieurs autres acteurs -vieillis- du premier film et on voit aussi Zabou (Breitman) en directrice d'un journal franco-arménien.


C'est avec ce dernier film que s'achèvera la carrière d'Henri Verneuil, qui aura fait tellement de bien au cinéma populaire, sans jamais prendre son public pour des imbéciles, et là, sentant peut-être que c'est la dernière fois, il s'autorise à ouvrir son cœur.

Boubakar
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le 2 déc. 2018

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