Il fut un temps où toute sortie de film japonais au cinéma me rendait systématiquement curieux. Ça remonte à plusieurs décennies désormais et ça a fini par me passer, notamment à cause de ce genre de film.


Naïvement, on pourrait penser que, lorsqu'un film étranger autre qu'étatsunien arrive jusque dans nos contrées, c'est parce qu'il se distingue de sa production nationale par le haut et que des distributeurs du monde entier se sont convaincus qu'une telle œuvre ne pourrait que séduire le public de part et d'autre de la planète. Sauf qu'en fait, il n'en est rien et il a suffi de me retrouver, presque par hasard, dans une salle qui diffuse ces 5 centimètres par seconde pour m'en convaincre.


Ce film, je ne comptais pas le voir. J'y suis allé en suivant quelqu'un. Je n'en savais rien... Et ça a été d'une violence.

En termes de formatage pour plaire au public-type des cinémas arts et essais de centre-ville, ce film pousse absolument tous les curseurs jusqu'à en devenir une farce.

5 centimètres par seconde, c'est plus qu'un enchaînement de cartes postales, c'est pire que ça. Parce qu'en fait, 5 centimètres par seconde, c'est plutôt un enchaînement de cartes postales sur lesquels on a collé d'autres fragments de cartes postales et qu'on a ensuite passé huit fois à la plastifieuse.

C'est incroyable. Il faut vraiment le voir pour le croire.


Tu veux voir des Japonais tout mignons ? Du relationnel emprunté ? Des histoires d'amour pudique, des rues tokyoïtes de quartiers touristiques, des uniformes d'écolières, des cerisiers en fleurs et tout le tralala folklorique ? Eh bien dans 5 centimètres par seconde, on peut tout avoir dans le même plan. Oui. Et comme si ce n'était pas assez, on va te filmer ça avec des cadres très dynamiques, sous fond de coucher de soleil et avec une photo qui rayonne comme une barre de plutonium. Et n'oublions pas le petit piano de circonstance, bien sûr.

Le film ne fait qu'enchaîner des séquences comme ça : balade en scooters ou en van Suzuki, rides de surf ou marches sur la place, etc. C'en est à tel point que j'en suis venu à me demander si je n'avais pas raté ma grille de bingo à l'entrée de la salle.


Le pire, c'est que le film ne parvient même pas à justifier cet enchaînement. En guise de prétexte, l'intrigue se brode autour d'un gars qui veut devenir astronaute depuis qu'il est tout petit mais qui, en parallèle, est amoureux de cette fille qu'il connaît depuis toujours. Du coup on les voit échanger leurs rêves petits, puis ados, puis pré-adultes, puis adultes... Et c'est tout le temps la même chose. C'est tout le temps cul-cul, vide, convenu...

« Tu sais, Tonô. J'ai toujours trouvé que tu avais un immense potentiel. Je suis persuadé qu'un jour tu accompliras ton rêve. Moi, je suis un peu tête en l'air, et je n'ose jamais vraiment regarder les choses en face... »

Mais qui parle comme ça, franchement ?

Et pour dire quoi, au bout du compte ? Dans quel but ?


En ce qui me concerne, quand je considérais ce film qui se déroulait sous mes yeux, je n'avais pas l'impression de voir une œuvre qui cherchait à me partager quelque chose, que ce soit un regard ou une expérience... Non, j'avais juste l'impression d'avoir affaire à un produit formaté pour Occidental. Un simple folklore touristique qu'on vend pour se remplir les poches, comme un restaurant japonais jouant la carte à fond, du kimono à la musique de biwa en passant par le sayonara d'usage.


Le pire, comme toute chose qui surjoue le cliché, c'est que ces 5 centimètres finissent par toucher l'absurdité. À vouloir être plus japonais que le Japon lui-même, on finit par s'éloigner de ce qu'on prétendait pourtant incarner dans son absolu. Et là où ces 5 centimètres poussent le vice trop loin, c'est clairement dans cette manière qu'on les personnages de disserter en permanence sur eux-mêmes... Un peu à la façon qu'aurait de le faire un film européen. Et voilà comment un film en arrive à se transformer en véritable farce à son propre détriment : un produit pensé par des Japonais pour être exporté à des Occidentaux et que des Occidentaux consomment comme une pure émanation de la culture japonaise qu'il n'est même pas.


Triste business que voilà. Et surtout, triste cinéma.

Parce qu'en septième art comme en restauration, quand tout le monde joue à prendre l'autre pour un con, c'est toujours le consommateur qui, au final, le récupère dans l'oignon.

Créée

le 4 mars 2026

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