La romance magnifique d'une poésie tragique

​5 centimètres par seconde, soit la distance depuis un cerisier en fleur, de la feuille jusqu'au sol, est sans nul doute pour moi le film le plus émouvant de cette année 2026 (2025 incluse). Adaptée du film culte d’animation de Makoto Shinkai que je n'ai pas encore eu la chance de regarder, l'histoire narre la romance enfantine de Takaki et Akari, deux personnes liées par une promesse : celle de se retrouver trente ans plus tard pour la fin du monde prévue par les scientifiques, sous un cerisier en fleur. La promesse de se revoir quels que soient les événements de leurs vies respectives.

​Takaki et Akari se sont passionnément aimés enfants ; ils ont partagé un baiser et vécu des moments tendres de douce complicité. Mais lorsque la jeune fille, Akari, déménage à Iwase, à 100 km de Tokyo, leur lien finit par se distendre. Bien que les mails et les courriers restent un moyen d'échange, de pérennité du sentiment, ils sont souvent écrits par Takaki. Car dans cette romance tragique, comme dans toutes les relations amicales ou amoureuses, il y en a toujours un qui aime plus que l'autre.

​Takaki se construit d'ailleurs sur cet amour perdu et sur la promesse de retrouvailles magnifiques. Informaticien esseulé dans une grande mégalopole, on retrouve en lui des éléments du film Her de Spike Jonze, joué par le génie Joaquin Phoenix, dans cette capacité qu'ils ont tous deux à transcender avec une justesse divine le sentiment amoureux et l'attachement. Takaki vit pour elle, rejette toutes les autres aventures amoureuses hypothétiques. Passionné par l'espace, le film nous questionne avec brio sur le sens de l'existence humaine au regard de la voûte céleste et de l'infinie possibilité des rencontres humaines.

​Ce jeune garçon souffre atrocement ; ses rêves et ses aspirations sont tournés vers la seule âme qu'il chérit désespérément. Il lui fait le serment que s'il la recroise un jour, il ne détournera pas les yeux comme ceux qui n'accordent plus d'importance à ceux qu'ils ont pourtant portés dans leur cœur. Toute la tragédie est justement qu'Akari, elle, n'est plus aussi liée à Takaki. Quand le moment du rendez-vous suprême arrive, elle ne s'y présente pas. Seul Takaki, sous la neige, fidèle à son cœur, fidèle à tout ce qu'il a toujours été, est présent dans la pesanteur infinie de sa solitude.

​Par l'intermédiaire d'un professeur rencontré, Akari fait passer le message à Takaki qu'elle ne se rendra pas au rendez-vous et qu'elle espère que ce dernier aura une vie suffisamment épanouissante pour oublier ce vieux souvenir du passé. C'est toute l'ironie tragique de l'humanité, illustrée magnifiquement par la citation d'Albert Cohen : « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. »

​Le réalisateur Yoshiyuki Okayama nous propose l'adaptation romantique la plus sublime que je connaisse, d'une douceur mélancolique absolument insupportable. Le duo d'acteurs porté par Hokuto Matsumura et Aoi Miyazaki est d'une délicatesse somptueuse. La voix française pour l'homme, assurée par Adrien Solis, est parfaite. La métaphore des trains qui passent nous renvoie à cette poésie du voyage, des trains ratés, des instants fugaces que nous devons saisir pour ne pas que ces sentiments réels tombent dans l'évanescence amère.

​La musique au piano d'Atsushi Shirakawa est un délice. L'onirisme de ce chef-d'œuvre est une voie lactée. Je remercie les Japonais pour leur capacité prodigieuse à sonder les cœurs, dans les tréfonds de nos consciences respectives. Et pour tout ce que ce film apporte, pour ce qu'il m'apporte à moi personnellement en souffrance dans ce monde, je mets un 10 et une étoile de chef-d'œuvre. Durant deux heures, l'émerveillement vous prend ; il n'y a plus d'horloge, c'est un transport merveilleux, une parenthèse enchanteresse.

​Immense !!!

Sacha83
10
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le 27 févr. 2026

Critique lue 112 fois

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