De battre mon cœur a recommencé

Avis sur A Bittersweet Life

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Dans les mécanismes de la pègre, les egos masculins se nourrissent avec l’argent blanchi grâce au sang de leurs adversaires. La soif contagieuse de pouvoir altère les esprits et les corrompt, laissant aux intègres le seul droit de se taire et de se plier aux règles. L’obligation de se morfondre dans le déni, de mener une vie douce amère, A Bittersweet Life.

Lee Byung-hun est déjà un acteur très renommé à l’époque, que l’on a pu voir dans Joint Security Area, et que l’on retrouve ici dans la peau d’un jeune gangster fort et charismatique, bagarreur, mais jamais sans une bonne raison de mettre au tapis ses adversaires. Mystérieux, droit dans ses bottes, il est en contraste permanent avec le monde qui l’entoure, constitué de petites frappes qui se droguent à longueur de journée, et de parrains aux mœurs souvent très discutables. Ce contraste sera, par ailleurs, l’élément déclencheur du film, l’intégrité du héros étant manifestement mal venue dans une organisation pourrie de l’intérieur. Un peu à l’image du futur Drive de Nicolas Winding Refn, A Bittersweet Life vient faire d’un soldat de la vie, qui œuvre pour des gens malhonnêtes mais demeure honnête avec lui-même, la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

A Bittersweet Life est un film de vengeance, qui invoque celle-ci comme moteur de la rage du héros, faisant du film un mélange de film noir, d’action et de gangsters. Mais derrière cette couche assez superficielle, se cache des discours plus profonds et plus humains. En effet, pris au pied de la lettre, A Bittersweet Life peut sembler totalement exagéré et irréaliste. Ce héros invincible et indestructible semble définitivement tuer tout suspense et cacher un costume de super-héros qu’il garde comme atout sous son costard. Sauf que A Bittersweet Life ne parle pas de gangsters qui se massacrent entre eux, mais bien d’amour et de sentiments humains qui s’avèrent être autant une force qu’une faiblesse dans un monde sans pitié et sans états d’âme.

En effet, si le héros semble implacable, c’est auprès de la jeune compagne de son patron qu’il montre ses premiers signes de faiblesse. Déstabilisé par elle, il ne veut pas la tuer comme on le lui a ordonné. Vraisemblablement épris d’elle, il va subir les conséquences de son insubordination, et montrer ses premières failles physiques et mentales. Torturé, il est poussé dans ses retranchements jusqu’à être enterré vivant. Dans une scène très symbolique, il ressort de terre et entame la seconde et dernière phase de sa vengeance, que personne ne pourra arrêter, étant comme déjà mort une fois et être revenu d’entre les morts. Il y a, au long du film, une réelle corrélation entre ses liens avec la jeune femme et son invincibilité.

Quand il est aveuglé par sa vengeance et sa soif de justice, rien ne peut l’arrêter, même pas dix coups de couteau ou une balle dans la tête. Mais quand il pense à elle et est pris par ses propres sentiments, il revit et redevient vulnérable, comme on le constate une dernière fois lors de la scène finale où il est définitivement abattu après avoir renoué avec ses souvenirs une dernière fois. En somme, A Bittersweet Life est l’illustration d’un monde où nos sentiments nous déterminent autant qu’ils nous exposent. Je reprends alors souvent la citation du Stalker de Tarkovski : « A sa naissance, l’homme est faible et malléable. Quand il meurt, il est dur de chair et de cœur. Le bois de l’arbre qui pousse est tendre et souple. Quand il sèche et perd sa souplesse, l’arbre meurt. Cœur sec et force sont les compagnons de la mort. Malléabilité et faiblesse expriment la fraîcheur de l’existant. C’est pourquoi ce qui a durci ne peut vaincre. »

Exemple typique du « ne pas confondre intrigue et scénario », A Bittersweet Life montre que ses ambitions sont multiples et parvient à aborder des thématiques très humaines malgré un environnement et un style brutaux. Fable mélancolique et sanglante sur un amour impossible qui vient ébranler un homme impassible, A Bittersweet Life vient invoquer la vengeance comme moteur de la résurrection d’un homme qui avait perdu son humanité. La vraie question est : Peut-on tellement tuer ce qui n’est plus vivant ?

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