Aquarela do Francia.Trois personnes qui n'étaient pas destinées à se rencontrer vont par hasard devoir faire équipe lors d'une cavale commune avec la police à leurs trousses.Il y a Suze,une coiffeuse quadragénaire condamnée par une grave maladie,Cuchas,un expert en sécurité informatique suicidaire et Serge,un vieil archiviste aveugle et flicophobe.Leur but est de retrouver l'enfant que Suze a autrefois abandonné à sa naissance après un accouchement sous X,alors qu'elle n'avait que quinze ans.Dernier film en date à avoir été écrit,réalisé et joué par Albert Dupontel,"Adieu les cons" a connu un joli succès absolument mérité.L'auteur se place sous le haut patronage des Monty Python,l'oeuvre étant dédiée à Terry Jones,mort peu avant le tournage et apparu dans deux Dupontel précédents,tandis que Terry Gilliam tient ici un petit rôle de marchand de flingues,ce qui est loin d'être innocent dans la mesure où le film fait fortement penser à "Brazil",voir la scène des gros tuyaux dégringolant d'un plafond qui s'effondre,le métier d'archiviste de Serge qui était celui du héros de Gilliam ou le bureaucrate qui s'appelle Tuttle,nom du chauffagiste jadis interprété par De Niro.C'est à la fois l'avantage et la limite de cette production Gaumont,eh oui Albert est désormais bankable,car la comparaison ne joue pas en faveur du français.Ca manque un peu de rythme,de densité narrative,la poésie est bien présente mais sombre parfois dans le pathos,et surtout Dupontel a eu l'idée saugrenue de confier le personnage féminin à cette cruche mollasse et inexpressive de Virginie Efira,ce qui gâche la marchandise et atténue la puissance de l'histoire,il aurait pu embaucher une véritable actrice quand même.Après ça reste un très bon film sur la déshumanisation de la société,porté par l'humour noir propre à son auteur.Les dialogues sont drôles et caustiques,les situations brutales et inattendues,et la description du marasme ambiant lucide et cruelle entre humains asservis à l'hyper technologie tels des zombies aux yeux rivés sur des écrans d'ordinateurs ou de smartphones,vivant dans les mêmes espaces mais chacun dans leur bulle,des noms que personne n'arrive à retenir ou une administration pléthorique et tatillonne emberlificotée dans ses innombrables strates hiérarchiques diluant les responsabilités et rendant inerte son efficacité,avec des sous-chefs,"Brazil" encore,terrifiés à l'idée de prendre une initiative malheureuse qui pourrait leur retomber dessus.Le film dénonce également le fichage généralisé des citoyens,qui peut permettre à un hacker moyennement doué de tout savoir sur n'importe qui,et la froideur glaciale d'un urbanisme galopant poussant sur les ruines de l'ancien monde,magnifique séquence du non-voyant guidant Suze à travers un quartier qu'il connait par coeur sans se rendre compte,contrairement à la fille,que tout ce qu'il décrit a disparu au profit de blocs de béton sinistres et de terrains en friche.Comme dans le chef-d'oeuvre de Gilliam,ces personnages en rupture avec la société post-moderne s'en évaderont par l'amour,dernier îlot d'humanité éclairant la sinistrose ambiante,et,toujours comme dans "Brazil",leur fuite sera illusoire,mais Suze et Cuchas n'avaient rien à perdre et la fin est pour eux une libération.Dupontel l'acteur est une nouvelle fois fabuleux en asocial décalé se révoltant avec panache,et ses comédiens fétiches sont de la fête,Nicolas Marié étant savoureux en aveugle parano mais avisé,et Philippe Uchan parfait en cadre sup faux-jeton.La distribution est d'ailleurs luxueuse et compte Jackie Berroyer en ex gynéco frappé d'Alzheimer,Michel Vuillermoz en psy délirant,Laurent Stocker en fonctionnaire timoré,et aussi Kyan Khojandi,Bouli Lanners,Yves Pignot et les deux marioles du Palmashow Grégoire Ludig et David Marsais.