Ah qu'est-ce qu'on est serrés ! Au fond de cette boîte !

Avis sur Andreï Roublev

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(Chantent les sardines ! Chantent les sardines !)

Ma version du film dure 3H et se déroule comme suit :

* Prologue
Un paysan s'envole en montgolfière et s'écrase lamentablement au sol. C'est plutôt pas mal foutu et une mise en bouche assez sympathique, voyons ce que la suite nous réserve..

* Première partie

- 1400 : Andrei Roublev mi-moine mi-peintre et 2 compagnons de route se réfugient dans une auberge le temps que cesse la pluie, ils instaurent par leur seule présence un silence quasi-religieux, accompagnés par une discrète voix des anges musicale, alors que jusqu'alors, un bouffon se produisait, bondissait dans tous les sens, et racontait (longuement) des blagues incompréhensibles. Plutôt satisfait que l'un des potes de Roublev ait le bon goût de le dénoncer pour manque d'humour (et pour cassage de rythme), et qu'il se fasse embarquer par la police locale, dans un plan rappelant joliment la fameuse porte donnant sur le grand canyon de "la prisonnière du désert".

- 1405 : Théophane le Grec souhaite que Roublev l'accompagne à Moscou pour peindre des fresques. Ca commence à être bien relou, et à bavarder énormément. En plus c'est le moment où je commence à plus piper un mot, et à lâcher progressivement la lecture des sous-titres tant ce qui se raconte me fait sombrer dans un état catatonique. Oh un joli tableau, on dirait du Picasso, merde on est au Moyen-Âge.Ensuite ils débattent sur la religion, et on voit une crucifixion.

Roublev s'embrouille avec l'un de ses potes, ce dernier se casse, trop un thug le mec.

- 1408 : Roublev se balade en forêt de nuit, il y croise plein de nanas à poils qui courent dans tous les sens, ça commence à devenir intéressant et surtout sacrément bien foutu... En plus les flambeaux en forêt ça fait toujours son petit effet (cf les chevaux de feu de Parajdanov). Roublev semble à la fois attiré mais répugné, car il s'agit là de l'oeuvre du malin. Finalement il se fait arrêter par ces païens, avant d'être libéré par une nymphomane sous cocaïne.

Par la suite, Roublev ne veut plus peindre ses fresques dans la ville de Vladimir, car le monde est violent, d'ailleurs un mec à cheval vient de crever les yeux d'un quidam, et c'est pas super bien réalisé.
Roublev rêve de décors blancs et de fillette obèse, en revenant à la réalité, il croise un enfant qui lit un livre mystico-machiste, et une sourde-muette attardée qui traînassent tous deux dans la cathédrale.

Fin de la 1ère partie dans mon plus grand soulagement, je décide de faire une petite pause, afin de ne pas me transformer en loutre neurasthénique. Rien de mieux qu'une petite dose de Touche pas à mon poste avec Cyril Hanouna pour réveiller un peu ma soirée, et rasséréner mon tempérament pur beauf, à coups de danse de l'épaule, et rires de hyène.
C'est bon, je suis requinqué, il ne me reste plus qu'à affronter Tarkovski ce démiurge insaisissable pour un ignare tel que moi, et les 1h40 restantes de cette effrayante seconde partie, promesse de sketchs toujours plus sinistres et austères.

* Partie 2
Ahhh, ça commence bien, un peu d'action, des chinois (les fameux tatares) collaborent avec des russes pour attaquer la ville, et butent tout le monde. C'est bien réalisé, pas trop fauché, y a tout plein de figurants partout, et c'est immersif.
Bon par contre, ça le fait pas trop quand on voit de façon flagrante qu'ils font semblant d'enfoncer un bélier dans la porte de la cathédrale, sans jamais réellement la toucher, en rajoutant en post prod un gros bruitage sourd de collision.

Les mecs finissent par investir cette cathédrale à cheval, dans un capharnaüm généralisé plutôt impressionnant, avec tueries, et tortures assez éprouvantes.
Roublev, Théodule, et la muette ont survécu. Roublev culpabilise, il a tué un homme hors-champ, du coup pour faire pénitence, il décide de se taire à tout jamais.

- 1412 : Il y a un truc marrant avec les tatares c'est qu'ils sont plutôt hilares, du coup ils ont plutôt ma sympathie dans ce film tout de même très très austère et tristounet. Ils piquent la muette d'Andrei.
Andrei erre parmi les moines.

- 1424 : Un documentaire passionnant d'une trentaine de minutes sur comment réaliser la cloche d'une cathédrale.
Un enfant dirige les opérations, et met sa tête en jeu si la cloche n'est pas de bonne facture.
Celui-ci affirme détenir un secret de fabrication unique au monde que son père ultime fabricant de clocher lui aurait révélé avant de mourir.
La cloche est réalisée, elle est élevée très très très haut dans le clocher, elle fait bien bong bong bong bong, et ne sonne pas creux, le garçon est heureux, puis finit par pleurer de décompression, c'était un gros mythomane et il n'avait aucun secret ni compétence particulière. Roublev impressionné, par ce miracle, et fasciné par la grâce divine qui a frappé l'enfant, décide de quitter son silence, et lui propose une association : tu crées des cloches, et moi je peins les fresques !

Le documentaire n'apprend pas véritablement à tout un chacun de réaliser une cloche, mais les images sont il faut le dire sublimes, les effets de fumée, de flammes avec ce four gigantesque, et ces hommes qui travaillent dans la boue jours et nuits ont vraiment de la gueule.

* Epilogue

Tarkovski boucle son film avec un diaporama des "meilleures" peintures d'icônes de Roublev, accompagné par une musique impressionnante, et assez fatigante à base de choeurs. La couleur fait soudainement son apparition, et c'est véritablement beau.

Par contre, j'ai quand même la désagréable impression d'avoir perdu 3h de ma vie. (Mais je suis largement plus convaincu que pour Stalker tout de même).

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