California bleeding

Avis sur Aniki, mon frère

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Lorsqu’on a vu Sonatine et Hana-Bi, on a vu à peu près tout le cinéma contemporain de Takeshi Kitano, et les films suivants semblent une redite constante des mêmes thèmes, d’une même tonalité. Pour peu qu’elle ait séduit au départ, le charme peut opérer encore, même si ces répétitions systématiques peuvent poser question quant à l’inspiration du cinéaste.

La modulation proposée par cet opus se situe dans le déplacement géographique : exilé d’une guerre qu’il gère mal, le personnage de Kitano se retrouve à Los Angeles, où il va invariablement reproduire cette spirale de violence.
Son personnage est un bloc marmoréen autour duquel les cadavres tombent en masse, selon une dynamique invariable : dénué de peur, répondant à la violence par la surenchère, il l’emporte toujours au départ par son audace et son inconscience, avant que la mécanique ne s’envenime et que sa déraison finisse par l’emporter.

L’esthétique reste aussi formatée sur le même principe : une durée excessive de certains plans, notamment sur un champ qui diffère l’attente du contre-champ, l’immobilité des personnages et l’agrément de certains gags par la thématique du jeu : la magie qu’on truque, le basket, symbole d’appartenance culturelle dans lequel le japonais ne parvient pas à s’insérer…

La formule est séduisante, et file tout l’univers kitanesque, non sans une certaine lassitude. L’effet de surprise est éventé, et l’on sait par avance vers quel dénouement on se dirige, dans une logique de fuite en avant qui ne s’embarrasse pas de vraisemblance. Prises isolément, certaines séquences sont fortes, le mystère opère dans certains cadres et l’exploitation très urbaine du béton orthonormé. C’est l’ensemble qui patine un peu, gratuit dans son recours au gore, répétitif dans son illustration du cercle vicieux de la violence.

Le rapport du personnage joué par Kitano avec son entourage est finalement assez proche de celui du cinéaste avec ses spectateurs : mutique, avare de commentaire, se voulant preux chevalier, mais dont la compagnie n’est pas forcément un moment de plaisir. Lors de la séquence finale dans le diner, le patron assène un définitif : « You Japanese are so inscrutable » : c’est à la fois une clé de lecture et une pose un peu facile pour le réalisateur, qui n’a pas fini de jouer sur ce registre.

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