En fait ça devrait être Au-delà de la mer vu que y'a pas de montage séparant la chine de l'australie

Avis sur Au-delà des montagnes

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Jia-Zang Ke

Au-delà des Montagnes est un mélodrame réalisé par le cinéaste chinois Jia-Zang Ke dont c’est le huitième film de fiction. Il raconte le délitement d’une petite communauté formé par un groupe d’ami lors de la montée du capitalisme en Chine. On suit donc Tao, une jeune femme tiraillée entre Zang, un propriétaire d’une station-service, et Lianzi un ouvrier travaillant dans une mine de charbon. Puis le fils de Tao et Zang, Dollar, en Australie en 2025. Ici les personnages, comme souvent, chez Jia Zang-Ke ont une fonction symbolique puisqu’ils incarnent chacun un aspect/classe sociale du peuple chinois (les bourgeois, la jeunesse, le prolétariat). Car si son style peut être qualifié de naturaliste (lumière naturelle, longs plans et montage discret pour laisser les acteurs s’exprimé), les films de Jia Zang-Ke parlent véritablement du rapport du peuple chinois à l’évolution de leurs pays (Still Life, The World…). Ce qui explique la propension des personnages du cinéaste a incarner le peuple, ou une idée du peuple.
Mais ici la dimension symbolique des personnages évite d’être trop appuyé et le cinéaste parvient à trouver l’équilibre entre le mélodrame, l’incarnation des personnages et le film politique. Ce qui est plutôt remarquable au vu de l’ambition de l’auteur, à savoir suivre l’évolution de son pays sur trois périodes (1999, 2014, 2025) s’enchainant dans la continuité mais en élargissant le cadre à chaque changement de segments. Un tel parti pris aurait facilement pu faire s’éparpiller le cinéaste, mais il tient finalement remarquablement bien son film tout le long. L’élargissement du cadre n’étant absolument pas un gimmick stupide mais un vrai outil de mise en scène, le cadre plus séré du premier segment marque d’abord l’unité du peuple et du groupe d’ami (la séquence du concert, les feux d’artifice devant le lac gelé) puis le fait que Zang veuillent dégager Lianzi du cadre, refusant d’avoir à partager Tao. L’élargissement du cadre dans sa seconde partie marque la croissance économique du pays mais également son envers avec les laissés pour compte que Jia Zang-Ke film comme des quasi-fantômes n’allant plus à la bonne vitesse (celle du capitalisme), à la vitesse du monde qui les entoures. Ce qui entraine leur disparition/mort (Lianzi disparait du film et doit guérir son cancer, le père de Tao meurt lorsqu’il s’endort) ou alors leur appartenance à un temps révolu (la déchirante scène séquence où Tao doit ramener son fils chez Zang qui en a la garde).
Et si la troisième et dernière en Australie patine un peu, malgré quelque très belles scènes (discussion entre Zang et Dollar par le biais de la traduction de la professeur/petite amie de Dollar), et que la sublime fin évoquant le secouement d’une boule à neige, avec Tao dansant sous la neige avec une musique d’une autre époque sur les vestiges d’une Chine appartenant au passé, fini de toute façon par rattraper. Confirmant par-là l’inestimable valeur du regard de Jia Zang-Ke au sein du cinéma contemporain.

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