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The Last Straw

Avis sur Avengers : Endgame

Avatar Nick_Cortex
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(A la base je ne comptais pas faire une critique de Avengers : Endgame. Mais je dois bien l'avouer, une annotation ne suffit pas à parler de tout ce film et de ce que j'ai ressenti devant. Donc autant essayer d'apporter un peu plus de clarification sur mon avis pour ce qui reste, à mon humble avis, un film plutôt compliqué à aborder en long, en large et en travers. Spoiler is coming, naturellement.)

Nous y voilà. Après 11 ans d'élaboration d'un projet qui aura changé la face du divertissement super-héroïque, nous sommes au terme d'un important chapitre du Marvel Cinematic Universe. 11 ans, plus d'une vingtaine de films, un univers connecté avec plus ou moins de cohérence en fonction des films, des hauts, des bas, et ensuite, un Infinity War qui aura surpris plus d'une personne dans ce qu'il aura entrepris. Potentiellement le plus haut sommet du MCU (bien que, personnellement, j'ai plus d'affection envers Les Gardiens de la Galaxie), et celui qui marque le début de la fin d'une ère, qui trouve son film complémentaire en Endgame, ultime chapitre sur l'arc des pierres d'infinité et de Thanos.

Autant dire que ce film avait énormément de responsabilité sur les épaules. Apporter une conclusion à un arc élaboré depuis 11 ans, de façon à ce que ça puisse satisfaire tout le monde et que chaque héros trouve l'occasion d'être mis en valeur au cours d'un ultime rassemblement pour inverser le processus installé par le claquement de doigts de Thanos, ayant annihilé 50% des êtres vivants dans tout l'univers pour, selon lui, restaurer son parfait équilibre pour son propre bien. Après un Infinity War colossal, il fallait bien un Endgame de taille pour offrir la conclusion digne pour la troupe de héros et le pari est-il réussi ?

Hélas, Endgame est un film à problèmes. Il est symptomatique de tout ce qui fait la force et la faiblesse de cet univers partagé, il en porte les plus solides qualités comme les pires défauts. Ce film est déséquilibré, comme s'il portait en lui-même la volonté d'aller à l'encontre de la recherche d'équilibre parfait de Thanos. Là, on a affaire à un gros morceau, symbole ultime du projet titanesque qu'est le MCU, mais définitivement imparfait. Passer juste après la tragédie Infinity War qui était, en dépit de ses défauts, d'une grande cohérence narrative et émotionnelle, rend le résultat plus frustrant encore.

Pour autant, le film débute sur une très bonne note. Peu de temps après le claquement de doigts, les Avengers survivants n'ont pas encore accepté la défaite et s'embarquent dans une ultime quête pour vaincre Thanos une bonne fois pour toutes et voir s'il est possible d'inverser ce qui semblait être irréversible. Et là... Nous sommes pris à revers. Les pierres d'infinité ne sont plus, impossible de rétablir le cours des choses. Thanos, en pleine dépossession de ses moyens, est tué violemment par Thor dans une tentative désespérée de faire ce qu'il aurait dû faire lorsqu'il en avait l'occasion, au cours d'une scène écho étonnamment poignante, et qui est le signe annonciateur du poids de la défaite qui s'installe sur les épaules des super-héros. Il faut se rendre à l'évidence : Thanos a gagné.

La première partie du film est une très bonne façon de répondre à Infinity War et à ses conséquences. Même s'il aurait été plus profitable pour l'émotion d'en montrer les répercussions à l'échelle planétaire, voire supérieure puisqu'on parle de l'éradication de 50% des êtres vivants de tout l'univers (Captain Marvel le dit elle-même, il y a bien d'autres planètes dans une situation semblable à la Terre), au moins, l'impact émotionnel sur les Avengers survivants est présent. Pendant un certain temps, le film se concentre sur ses personnages et sur ce que chacun a retiré de cette catastrophe, sur un déroulement plus terre-à-terre que d'habitude, et prenant judicieusement son temps pour les rendre chacun plus attachants qu'ils ne l'ont jamais été. Notamment Black Widow qui, pour la première fois de l'histoire du MCU, m'est paru sympathique (avis personnel bien entendu).

Et sur ce premier tiers d'une certaine force, ponctuant sa dramaturgie avec des scènes qui arrivent à procurer un petit pincement au cœur (Scott Lang face aux monuments aux morts, tout confus après 5 ans passés dans la dimension quantique), Endgame montre que sa principale force vient de sa gestion des moments intimistes. Notamment avec Tony Stark s'étant retiré pour fonder une famille heureuse. Une des réussites du film est de montrer la répercussion de l'acte de Thanos sur chaque Avenger (ou presque, mais nous y reviendrons), et comment chacun a décidé de rebondir sur le génocide, sans forcer sur les traits de l'émotion. On a fini par s'attacher à eux au bout d'une vingtaine de films (ou pas, à chacun de se faire son opinion sur eux), et donc, les voir s'adapter à leur monde vidé de moitié a quelque chose d'assez poignant.

Et au bout d'une heure, lorsque l'intrigue temporelle pointe le bout de son nez, "all bets are off", comme dirait l'autre. Le fameux moment où les Avengers trouvent le moyen de voyager dans le temps et donc de récupérer les six pierres d'infinité avant le Titan Fou. Et pour cela, il leur faut traverser quelques points précis du passé, qui s'avèrent être différents points des précédents films du MCU comme la bataille de New York dans Avengers premier du nom ou l'ouverture des Gardiens de la Galaxie lorsque Peter Quill est sur le point de se procurer la pierre du pouvoir. L'idée de revivre ces scènes sous un autre point de vue est prometteur, et en soi un moyen de souligner à quel point ces films forment un tout dans cet univers cinématographique partagé, sauf que l'exploitation s'avère franchement laborieuse.

Il y avait meilleur moyen d'explorer à nouveau ces scènes sans avoir l'impression d'un best-of où les héros se promènent libres de toute contrainte temporelle comme croiser son double d'une autre période ou autres "effet papillon" par une ligne de Bruce Banner tournée à la blague. L'idée est bonne mais l'exécution laisse sur sa faim. Revivre ces scènes est une chose, les revivre sous un angle pleinement différent en est une autre. Ce n'est pas aussi agaçant que ça pourrait l'être car il y a l'idée que Endgame est le point culminant de tous ces films et donc, il peut se permettre de rendre hommage à ses prédécesseurs et comment ils ont conduit l'univers partagé à ce moment précis, mais il y avait avec cette idée un potentiel malheureusement pas assez exploité.

Qui plus est, pour renforcer l'aspect best-of sans réelle autre ambition derrière, cette partie à base de voyage temporel patine inutilement. Notamment une partie sur Asgard en écho à Thor : Le monde des ténèbres qui s'étire jusqu'à un point où ce n'est même plus drôle, si tant est que cette partie ne l'ait jamais été. D'ailleurs, cette partie résume le problème qu'est devenu Thor dans Endgame, victime d'une bonne idée sur le papier très mal exploitée dans les faits. On en revient donc aux répercussions de l'acte de Thanos sur la mentalité de chaque personnage, et dans tous les sens du terme, c'est Thor qui en a fait le plus les frais. Devenu un comic relief bourré et ayant pris du bide, il fait assez peine à voir. Ce qui aurait pu être intéressant car montrant un Thor imparfait, ayant choisi de se réfugier derrière la personnalité d'un lâche obèse et accro à l'alcool, une répercussion qu'on pourrait dire "humaine" face à une situation aussi dramatique, ce qui est un contre-pied intéressant à sa nature de dieu. Trois fois hélas, tout ceci est réduit à l'humour dévalorisant, et ça ne marque pas une évolution solide, juste un moyen de jouer la démystification d'une façon beaucoup trop intrusive et jamais utilisée à bon escient.

D'ailleurs, on en vient à une autre difficulté du film. Le manque d'unité se ressent jusque dans les tentatives d'humour qui paraissent plus malvenues que jamais. Dans Infinity War, à l'exception d'un Bruce Banner bien trop ridiculisé pour son propre bien, l'humour savait trouver sa place, notamment car il était réservé à ceux qui ont l'habitude d'en apporter, comme Stark et son éternel côté pince-sans-rire et les Gardiens de la Galaxie. Ici, c'est assez catastrophique comme les tentatives de placer une blague se font à des instants beaucoup trop incongrus, et jurant trop avec l'idée de héros cherchant à inverser un processus ayant conduit à la perte de leurs proches, quand dans Infinity War, ça agissait presque comme une sorte de façade avant le drame inéluctable à venir.

La partie temporelle du film se déroule donc de façon plutôt boiteuse et constitue probablement le moment le plus faible du long-métrage, quand bien même celui-ci offre toujours quelques moments qui font leur effet. Hulk regagne un peu en galon lors d'une scène où il acquiert la confiance de l'Ancien pour disposer de la pierre du temps, et Tony Stark et Captain America auront l'occasion, en 1970, de faire des rencontres qui auront un impact important sur leurs décisions finales, ce qui confirme la force du film quand il se concentre sur le côté intimiste de toute cette intrigue. Nebula gagne en personnalité émotionnelle en faisant face à sa version d'il y a 9 ans d'elle-même, prenant du recul sur sa dévotion corps et âme à son père Thanos par le passé, et Black Widow est sacrifiée au cours d'une scène hélas plus forte sur le papier que dans les faits (et bien moins puissante que la scène équivalente dans Infinity War), mais tout de même assez émouvante en sachant qu'elle n'avait rien à perdre, contrairement à Barton.

Il n'empêche, c'est là tout le drame des intrigues temporelles d'une telle ampleur, on finit par se poser beaucoup trop de questions et surtout, l'impact dramatique se fait moins existant. On se doute que l'arc ne pouvait pas se résoudre à laisser la moitié de l'univers en poussière, mais il y avait moyen de faire plus de place aux sacrifices qu'une telle entreprise impliquait. Or ici, les morts reviennent à la vie sans rien changer à la temporalité passée (ils reviennent 5 ans après leur mort), et donc les événements qu'il aurait été intéressant de remettre en cause après le rétablissement des choses (la famille de Stark) ne sont pas exploités. De plus, le voyage temporel implique l'arrivée par incident du Thanos du passé en guise d'affrontement final pour les héros histoire de ne pas rendre les deux films inutiles, sauf que ça marche moins et surtout, c'est le signe d'une exploitation bâclée de Thanos cette fois-ci. Le Titan Fou portait Infinity War à bout de bras, le personnage était à la fois menaçant et profond, faisait fi du manichéisme, montrait son côté humain quand il en avait l'occasion, car pourvu de motivations crédibles et d'un côté lucide sur les sacrifices qu'impliquaient son projet. Or, ici, Thanos est réduit à l'ultime affrontement aux projets largement plus mégalos (raser l'univers dans sa totalité pour en façonner un nouveau), perd son ambiguïté car passant dans le camp du grand méchant qui ne permet plus de soulever le bénéfice du doute par sa motivation (tout le drame d'avoir ramené le Thanos de 2014, ayant donc sauté les étapes de quête des pierres et de sacrifice et le développement de Infinity War), et devient par conséquent beaucoup moins intéressant. Très regrettable.

Ceci dit, la promesse d'un rassemblement ultime des Avengers (moins Black Widow, donc) est ici tenue et je ne vais pas le nier, voir tous ces héros réunis face à la grande menace est extrêmement réjouissant. Un combat final de haute volée même si la réalisation plus inégale que jamais des Russo agit comme une ombre au tableau, ne rendant pas toujours justice à l'ampleur gigantesque de ce rassemblement. Aussi, ça montre l'utilisation maladroite de Captain Marvel, utilisée comme roue de secours au dernier moment pour que les choses ne soient pas réglées au plus vite. Son absence au cours du film est justifiée mais malheureusement agit en partie comme un prétexte pour ne pas la faire intervenir trop tôt car décrite comme une héroïne suffisamment puissante pour vaincre la menace.

Ce climax reste tout de même une spectaculaire apogée sonnant au passage le glas d'un Iron Man au parcours émotionnel qui aura été une des grandes forces de ce Endgame. Et bien que sa perte reste un très beau moment, il est regrettable que le film n'ait pas impliqué plus de sacrifices dans un affrontement aussi titanesque. Je ne serais pas allé jusqu'à demander des morts à tout va, mais une impression plus solide de perte au cours de ce dernier chapitre aurait été la bienvenue. Mais le film prend heureusement, de la même manière que lors de son début, le temps qu'il faut pour clôturer l'arc et ce qu'il a apporté à plusieurs personnages, en attendant éventuellement l'arrivée d'un tout nouvel arc. Il n'est pas anodin, par ailleurs, de boucler la boucle avec la mort de Tony Stark, comme une façon de refermer le livre qui s'était ouvert en 2008 avec son premier chapitre, qui était justement Iron Man. Belle façon de conclure.

D'une façon globale, le constat est assez partagé pour ce Endgame. Il est pénalisé par une gestion plus maladroite dans ce qu'il est censé apporter que Infinity War, il est assez laborieux au niveau de son rythme et de l'exécution de son intrigue, il se repose un peu trop sur l'humour et ne donne pas assez l'impression d'être allé jusqu'au bout de son concept comme son aîné l'avait pourtant fait, peut-être parce qu'après un tel arc et une telle menace, on pouvait s'attendre de façon légitime à quelque chose de plus culotté ou de plus intense. Mais, aussi imparfaite l'entreprise soit-elle, elle est loin d'être indigne. Car avec Endgame, l'équipe en charge du MCU fait toujours preuve d'une grande affection pour son univers et ses personnages (jusqu'au générique de fin en guise d'hommage à tous les principaux contributeurs à la franchise), surnaturels mais humains et imparfaits, et d'un savoir-faire en matière de blockbuster super-héroïque. Les plans iconiques sont là, les scènes fortes qui marqueront le MCU sont là. Et il est difficile de ne pas rester plutôt impressionné par la clôture, par le biais de ce film, de tout un arc majeur dans le domaine des super-héros qui aura duré 11 ans et qui trouve en sa conclusion un ultime long-métrage un peu bâtard mais sincère et généreux, annonciateur (excusez la phrase clichée) de la fin d'une ère pour les Avengers originaux, et du début d'une nouvelle pour les arrivants progressifs. Malgré tout ce que j'ai dit de Endgame, donc, ne serait-ce que pour cela, je lui voue un certain respect. Simplement dommage qu'il se retiendra, en ce qui me concerne, plus pour son côté regroupement final de tout un chapitre du MCU que pour sa qualité intrinsèque.

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