Pas assez mauvais pour ne pas être décevant

Avis sur Batman & Robin

Avatar Daevaorn
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Difficile de s'aventurer dans ce genre de film et d'évoquer la relation qu'on entretient avec eux sans parler des attentes qu'on postulait dessus.
Pour ma part, l’œuvre était déjà enterré dans la catégorie du nanar.
Certains vidéastes amateurs (Links et le JDG en tête) en avaient fait le pire film Batman de tout les temps, les dialogues de Freeze avaient accentués l'effet et la note sens critique poussaient l’œuvre dans l'abattoir de ma pensée : j'allai sans doute bien rigoler.

Alors, un sourire moqueur déjà figé sur le coin de mes lèvres, je lance le film. Quelques minutes de visionnage après, un malaise m'envahit, malaise qui ne me quittera plus du film.
Parce que merde ! Ça aurai presque put être bon !
Il y a tromperie ! L'univers entier c'est ligué contre moi ! Peuple de la terre, on vous ment, on vous spolie : Batman et Robin n'est pas l'ignoble bouse qu'on vous vend !
Et pourtant, il est indéfendable.

Non, parce que revenons à la base : le film traîne tellement de défauts qu'il ne peut en aucun cas se faire appeler un « Bon film ». Tout a un côté ridiculo-kitsch hors de propos dans l'univers sombre et torturé de la chauve-souris : Les décors sont remplis de lumières fluos années 80 tout justes dignes d'une boîte de nuit et évoquent plus un manège de fête foraine qu'une Babylone corrompue et tentaculaire. Les costumes sont surchargés et ridicules (bien que ceux des deux héros ne soient pas mauvais), empêchant de créer une ambiance autre que kitsch et la lumière donne un côté vulgaire à quatre-vingt-dix pour cent des scènes. Les scènes d'actions jouent dans le champs du ridicule, avec des sauts de trente mètre de long et des actions proches du surréaliste.
Le casting est également déplorable : George Clooney campe un des pires Batman imaginable. Propre et lisse, il va à l'encontre de tout ce qui se fait sur le chevalier noir depuis des années : là où on voulait nous montrer un homme torturé et froid, c'est ici un héros toujours gentil, sans surprise et complètement vide de tout contrastes internes qui nous est présenté. Notre urgentiste, avec sa voie de beau gosse et sa carrure imposante est ici plus un Superman qu'un Batman.
Chris O'Donnel est lui aussi pitoyable, même si on a l'impression que c'est chez lui plus naturel : incapable d'exprimer une émotion sans tomber dans l’exagération, j'ai envie de le noyer dans les toilettes de l'oubli, d'autant que sa belle gueule devient vite insupportable.
Uma Thurman … ben c'est un peu le penchant féminin de Chris O'Donnel : elle sonne plus que faux en mauvaise séductrice, et tout en elle impose la vulgarité. Elle n'a rien de séduisant, ni même de beau ou de bandant avec sa tenue de cuir vert moulant et son maquillage forcé.
Seul Arnold Schwarzenneger réussi à sortir de la masse de médiocrité avec son anti-Terminator kitsch et alignant un nombre de jeu de mot vaseux à un débit inégalable. Contrairement aux autres acteur, le futur ex-gouverneur de Californie a compris qu'il ne rentrerai pas dans l'Histoire avec ce film, et assume donc son côté ridicule, lui donnant une aura cool,malgré son personnage au haut potentiel tragique.
A bien y réfléchir, le film entier est à l'image de ce personnage, coincé entre le grave inhérent à Batman, insufflé par les deux opus de Burton, et entre le côté nanar ne se prenant pas au sérieux apporté par Schumacher et les dialogues. Ainsi, on atterrit dans un univers étrange, où Schwarzy sort des vannes à deux ronds après avoir pleuré sur sa femme morte, et on ne sait pas où le film campe. La seule chose que l'on sait, c'est que le réalisateur non plus.

Mais pourtant, après avoir démonté le film comme il se doit, comment expliquer cette introduction ? Comment expliquer cette note aux frontières du supportable ?
Et bien parce que merde ! Ça aurai presque pu être bien !
Et je suis sûr que si je l'avait vu étant enfant, je l'aurai adoré !

En effet, on sent qu'il y a une certaine connivence, un certain attachement pour l’œuvre originale du réalisateur (ou tout du moins du scénariste). Bien sûr, si cet attachement ne transparaît pas dans l'ambiance générale du long-métrage, il se dénote à travers certains détails sans importances : le nom de Barbara, le Venom de Bane (Même si le personnage est honteusement massacré), l'histoire de Dick Grayson (hérité du précédent volet), le costume du Sphynx qu'on retrouve à Arkham… Mais bien plus que cela, on retrouve des thèmes qui sont purement batmanien (bien que peu ou mal exploités), comme par exemple la relation tumultueuse entre l'homme chauve-souris et son comparse, qui constitue la base du film, même si elle n'est pas toujours rendu correctement, la faute aux dialogues assez faux qui ne sont pas soutenu par le jeu d'acteur de O'Donnel. Pourtant, je suis sûr que, bien exploitée, cette relation aurai pu montrer une facette plus torturée de Batman, ce que le meurtre de ses parents a crée chez lui : on aurai ainsi put très bien lier le traumatisme avec la peur que Batman éprouve pour Robin, les sentiments paternalistes qu'il entretient pour lui et qui sont un transfert de ce qu'il ne put connaître avec son propre père, essayant inconsciemment d'empêcher que Dick ressente la solitude que lui connut. Mais ici, ce n'est pas la relation entre les deux chauve-souris qui joue ce rôle mais, mais la relation Bruce-Alfred.
Et avouons le, le thème de la maladie d'Alfred est carrément cool et, il me semble, sous exploité dans les comics. C'est à travers ce prisme qu'on découvre Bruce Wayne, et, plus précisément, son rapport à la mort. Et là, c'est même pas trop mal foutu. Sans entrer dans la psychée du personnage comme le fait Arkham Asylum, ça reste pas mal, avec une certaine réflexion sur le personnage, même.

Par contre la résolution de cette péripétie me semble bien trop simple. J'aurai préféré qu'Alfred meure, laissant un Batman attristé, mais qui aurai réussi à surmonté ses traumatismes. Là, c'est une résolution bien trop idéale.

Mais surtout, ce qui surprend, c'est la direction artistique du film : elle est présente, et même si j'ai craché sur son kitsch, il faut bien avouer que c'est pas le cas de tout les films. Batman et Robin a une personnalité, plus qu'un Avengers, par exemple. Et j'aime Joel Schumacher. Réellement. Parce que lorsque j'ai réussi à passer outre ce côté kitsch, je me suis dis « Mais merde, c'est presque pas mal. Et si ça serai pas Gotham, j'aurai carrément kiffé ». Tout est grandiloquent, gothique, invraisemblable, et ça réussi à transformer la ville, avec tout son bazar bariolé, en un personnage bien plus agréable que tous les autres. Au final, on se met à apprécier cette atmosphère, mi-décalé et mi-sérieuse, mi-molette et mi-terrand et mi-plein de trucs.
Dans tous cet univers, c'est l'attachement qu'on peut ressentir pour le nanar qui ressort : notre Joel est tout fou dans son univers d'enfant, et créée avec trois bout de ficelle un Batman qui lui plaît. Pour moi, c'est une démarche assez proche de celle de Tarantino. Et là, sans beaucoup aimer ce dernier, je ne peux que reconnaître le talent du bonhomme pour donner du charisme à ses personnages, mélanger les tons et réussir ses scènes d'actions. Ce qui n'est pas le cas de Schumacher. Et son échec me le rend attachant. Comme quoi…

Au final, Batman et Robin peut être pris comme un navet. Rappeler ses défauts revient à tirer sur l'ambulance. Mais pourtant, au milieu du maelstrom de kitsch et de mauvais goût, je ne peux m'empêcher de penser que, au final, tout n'était pas désespéré pour ce film. Que même avec Schumacher, ça aurai pu être bien, et qu'au final, dans un autrement pas pareil, on aurai eut un bon truc. En l'état, le film, avec son côté demi-nanar, est plaisant à regarder.

Déjà plus que celui de Tim Burton …

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