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Après un cru 2017 plutôt satisfaisant, le Marvel Cinematic Universe continue son entreprise de suprématie absolue sur le genre superhéroïque au cinéma. Black Panther est le premier gros coup des studios pour l’année 2018 et fait énormément parler de lui, en grande partie parce qu’il s’agit de la première oeuvre de l’univers partagé mettant un super-héros noir au premier plan. Le résultat est payant puisque le film est d’ores et déjà assuré de figurer parmi les Marvel les plus rentables. Mais, passé son statut d’étendard pour la diversité, il ne reste malheureusement pas grand chose au dernier Ryan Coogler.

Au risque d'aller à l’encontre de la tendance générale, soyons francs : Black Panther est un vrai échec en termes de cinéma. Au sein d’une intrigue prévisible et poussive, mettant une bonne heure avant de révéler des enjeux tangibles, T’Challa (nom au civil du félin noir), interprété par Chadwick Boseman, apparaît comme un protagoniste sans relief et presque réduit à de la figuration. La remise en cause des actions de son défunt père arrive bien trop tard pour offrir un conflit digne d’intérêt.

Les autres personnages défilent à l’écran sans autre fonction que celle de pions au service d’un récit prémâché. Seul le vilain campé par Michael B. Jordan se voit offrir un peu de consistance, puisque non dénué d’une certaine portée tragique, même si là encore le traitement laisse à désirer. L’ensemble du casting n’est pas aidé par une direction d’acteurs inexistante, entre performances fades au possible et un Andy Serkis en roue libre complète.

A côté de cela, Ryan Coogler n’est sans doute pas le pire réalisateur ayant officié au sein des studios Marvel mais sa mise en scène manque cruellement d’ingéniosité et d’ampleur. Les scènes d’action sont anecdotiques et souvent trop longues, avec comme seules tentatives d’éclat quelques pauvres plans longs tentant d’imiter le fameux plan-séquence central de Creed, la tension et la maîtrise en moins. Pour le reste et mis à part deux ou trois cadrages vaguement iconiques, la réalisation adopte les normes télévisuelles propres à Marvel, avec photographie grisâtre en prime. Le royaume du Wakanda apparaît bien terne, le curieux mélange entre cités futuristes et traditionnalité africaine sonnant désespérément faux.

C’est là l’un des autres gros soucis de Black Panther, film vendu comme porteur d’un message fort sur la condition noire, de circonstance au vu de l’actualité. Le problème reste le même que lors de la sortie de Captain America : The Winter Soldier et sa prétendue analyse de la paranoïa américaine : comment développer des thématiques de fond dans un univers si déconnecté du réel ? Le Wakanda n’est rien d’autre qu’un énième pays de fantasy, melting pot de science-fiction et de rites d’Afrique centrale mais ayant autant de lien avec le continent concerné que l’Asgard de Thor n’en a avec la mythologie nordique. Il serait malavisé de voir une quelconque représentation positive de l’Afrique dans un film tout ce qu’il y a de plus américain et guère différent du reste de la production superhéroïque actuelle si ce n’est que pour quelques touches d’exotisme cosmétique.

De la même manière, tout le versant “black lives matter” du récit n’est traité qu’à travers le personnage de Michael B. Jordan, présenté comme un extrémiste et un assassin. Jamais Ryan Coogler n’ose affronter son sujet, visiblement muselé par l’habituel cahier des charges du MCU. Rappelons qu’il ne suffit pas de tourner deux scènes de cinq minutes dans une banlieue américaine pour donner à son film une portée sociale.

Évoquons tout de même brièvement la musique, qui fait elle aussi beaucoup parler d’elle. Rien à signaler de côté hélas, le score hollywoodien est ce que le milieu peut offrir de plus banal, soutenu ça et là par des percussions envahissantes censées rappeler qu’on est en Afrique et des beats trap bizarrement intégrés au reste. La contribution de Kendrick Lamar, pourtant couverte de louanges, est bien mal mise en valeur par le film.

Encore une fois, Marvel a finement joué son coup et abattu toutes ses cartes avec précision pour créer l’évènement. Black Panther n’est ni un chef-d’oeuvre du film de super-héros ni un film important par le message qu’il entend défendre. Ce n’est qu’un énième produit conçu avec cynisme et dans le seul but d’engendrer des recettes colossales. Entre ce succès disproportionné et la hype énorme suscitée par le prochain Avengers : Infinity War, le studio n’est pas près de remettre en causes des pratiques si lucratives.

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