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Blue Velvet par Léo Mesguich

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En 1986, après l'échec de Dune, Lynch réalise le film qui marquera le tournant de sa carrière. Il amorce la partie réellement "lynchienne" de sa filmographie, basée sur des histoires étranges et sur des personnages complexes, souvent cauchemardesques.

Blue Velvet n'est ni plus ni moins qu'une enquête. Un étudiant trouve dans sa petite ville natale une oreille. Cherchant à retrouver son propriétaire et tournant le dos à la police, il va enquêter et se retrouver dans un monde étrange, caché sous la surface dorée de cette petite ville américaine comme il y en a des dizaines et qui paraissent toujours ne rien avoir à cacher. Il va tomber sur des êtres humains à la dérive, en proie à des névroses, à une violence insoutenable. Il découvre un monde qui lui est étranger, qui le choque mais qui lui fait aussi ouvrir les yeux. Blue Velvet, en plus d'être un film néo-noir passionnant, est aussi le récit d'un dépucelage, d'un enfant qui devient adulte, confronté aux horreurs que peuvent commettre les hommes.

Entre un Denis Hopper fou à lier, à la fois sadique et impuissant, une Isabella Rossellini dérangée et victime, en passant par Dean Stockwell dans le rôle le plus halluciné de sa carrière, notre héros va passer par de rudes épreuves dans cette petite ville qu'il croyait connaître.

Baigné dans une atmosphère à la fois terrifiante et excitante, le spectateur est ballotté entre l'air du "Blue Velvet" de Vinton et les notes acerbes d'Angelo Badalamenti, ce génie qui restera le compositeur attitré de Lynch. Les couleurs sont très travaillées, les plans aussi, qui sont typiques de son réalisateur. Le scénario demeure très facile à suivre, Blue Velvet étant le film parfait pour commencer sa filmographie : il n'est pas trop complexe à suivre et suffit pour rentrer dans son univers.

Mais finalement, au-delà de ces musiques d'outre-tombe, du "dépucelage" du personnage de Kyle MacLachlan, de cette étrangeté, que semble nous dire Lynch ?
Le monde est rempli d'être humains tous très différents, vivant avec un psychisme et une personnalité distincte. Derrière des devants beaux, dorés, rassurants et finalement bien illusoires, se dévoilent de terribles secrets, des fantasmes inavoués et des motifs sombres. Lynch est le cinéaste de l'inconscient : avec une force et un côté choc, il met en scène les êtres humains de l'intérieur, ils révèlent cette seconde face. Les fantasmes dans Lost Higway, le rêve dans Mulholland Drive, le cinéma de David Lynch est très psychanalytique... C'est pourquoi je l'aime, c'est pour ça que j'aime infiniment son oeuvre, si à part et si cinématographique. Il est à mes yeux un des plus grands artistes vivants, quand on sait qu'il peint et qu'il compose lui aussi de la musique.

Ainsi, si vous voulez vous plonger dans l'oeuvre de ce maître, commencez par Blue Velvet, vous n'en sortirez pas indemne. C'est un excellent film et un pur moment de cinéma.

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