"Le passé n'a pas d'importance"

Avis sur Boy A

Avatar SmileShaw
Critique publiée par le

Boy A est typiquement le genre de film qui me permet une introspection (et croyez-le ou non, ça n'est pas souvent que ça arrive).
La dernière fois que j'avais procédé à l'exercice, c'était après avoir vu The Reader. Cette femme jugée pour crimes contre l'humanité parce qu'elle était gardienne d'un camp SS. La question logique d'après coup était : qu'aurais-je fait à sa place ...
Bon j'exagère : j'ai aussi beaucoup tergiversé après Barbecue, me demandant s'il ne valait pas mieux griller des côtes de boeuf plutôt que des saucisses de Morteau ! Et évidemment, comme toujours, j'en suis arrivée à la conclusion que c'était mon choix qui semblait le mieux approprié à la situation.

Boy A, c'est toutefois autrement plus sérieux qu'une grillade entre amis.
Le sujet est simple : la rédemption. Utopie ou réalité ? Doit-on payer toute sa vie une erreur, aussi terrible soit-elle, commise dans son enfance ? Quel que soit le tournant que prend notre existence, le passé peut-il être enterré ou doit-on le traîner comme un boulet jusqu'à la fin de nos jours ?
J'aime à penser que je réagirais différemment que la société dans laquelle évolue Jack, à sa sortie de détention. J'ai la prétention de croire que s'il était mon ami ou mon petit ami, je saurais faire abstraction de son passé, de ses fautes, pour n'apprécier que ce qu'il offre dans son présent.

Car oui, j'ai éprouvé de la compassion pour Jack, j'ai souffert pour lui. Peut-être devrais-je me sentir coupable de ça ... Aujourd'hui, on vit dans une société où on nous juge sur ce qu'on aime, ce qu'on regarde, ce qu'on lit ! On est très vite catalogué "dérangé", "pas net" par un simple coup d’œil sur nos goûts ou nos centres d'intérêt.
Ces jugements, ces regards sont étouffants, insupportables et on évolue pourtant tous au sein de ce système, on l'accepte par défaitisme ou par fatigue.
Jack pensait avoir une seconde chance en étant ce bon gars, ce bon pote, ce petit-ami tendre et amoureux mais c'était sans compter sur les préjugés et la bien-pensance, toujours elle, qui décrète que Jack, pour le restant de ces jours, sera un meurtrier.
Il pourra sauver toutes les vies qu'il veut, devenir pompier volontaire et porter secours à tout un couvent en flammes (non mais, ne cherchez pas, ça n'est pas dans le film ! C'est un exemple !), il restera cet assassin qui a pourtant payé sa dette mais qui, d'après les bonnes gens, ne mérite donc pas de vivre parmi eux.

Certains trouveront que ce film est bourré de clichés (je l'ai lu dans certaines critiques, je ne l'invente pas).
Si c'est le cas, ça m'est passé au-dessus de la tête. Jack m'a émue et j'ai espéré pour lui le meilleur.
Coupable il a été, coupable il n'est plus et il mérite ce qu'il y a de mieux, comme tous les autres.
Andrew Garfield, merveilleusement juste, est pour beaucoup dans l'émotion qui m'a gagnée.
Le parti-pris des flash-back dans la narration est intelligent car il nous permet de faire connaissance avec Jack dans le présent sans être pétri d'a-priori à son sujet, ce qui aurait pu être le cas si on nous informait dès le début de ce pour quoi il avait été condamné ... et on aurait eu tort, très certainement.

Boy A est un film émouvant, très dur, qui doit nous amener à une réflexion sur ce que nous sommes. A voir ce film, on peut penser que la réhabilitation n'est pas possible, pour les "lourds" criminels, qu'ils seront aux yeux des autres, d'éternels coupables.
A toujours vouloir changer ce qui nous entoure, si nous commencions par nous-mêmes ...
"Ce n'est pas seulement le monde qu'il s'agit de changer, c'est l'homme"
André Gide

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1215 fois
38 apprécient · 1 n'apprécie pas

SmileShaw a ajouté ce film à 5 listes Boy A

Autres actions de SmileShaw Boy A