American way of life

Avis sur Boyhood

Avatar JimBo Lebowski
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Ce film constituait une certaine attente chez moi compte tenu de son concept, celui de le tourner en 12 ans, sur le papier c’est plus qu’audacieux car décuplant le réalisme de l’évolution narrative des personnages dans le temps et l’espace socio-culturel américain, et au final le résultat est assez déconcertant, voir même indigne d’intérêt.

En fait je vois ce film comme un encéphalogramme plat de la vie chiante d’un type chiant qu’on voit grandir, le scénario est inexistant et je crois même qu’il ne cherche même pas à exister, on va d’un point A à un point B sans encombre, c’est gentillet, on ne nous bouscule pas. Mason c’est l’ado typique, le gamin idéal sans excès que tous les parents rêveraient avoir, celui qui se fond dans la masse, même si on essaye de nous faire croire qu’il est unique, forcément sinon pourquoi braquer sa caméra sur lui ? Le réalisateur veut le mettre en valeur avec sincérité, ça je n’en doute pas, mais rien de particulier n’émane de toutes situations en 3h, seuls les pères de substitution entretiennent l’espoir de voir pointer des bouleversements mais les impacts sont minimes et n’ont pas de réelle ambivalence sur la psychologie de l’adolescent, et pourtant ça aurait pu être intéressant de voir un destin voué au bonheur qui est détruit pour pourquoi pas le voir se reconstruire pour créer des enjeux narratifs et un minimum de boulot scénaristique, que là non, sa vie se déroule comme celle de n’importe quel gosse de milieu modeste voir aisé sans histoire, donc quel est l’intérêt ?

Et bien je ne vois pas vraiment, Linklater propose un long métrage vide qui est censé jouer son rôle introspectif et nostalgique chez son spectateur, c’est à nous de le combler en quelque sorte, mais ça n’aura pas marché une seconde chez moi, cette vision du cinéma ne me parle pas, quand je regarde un film je veux m’évader et qu’on me donne des éléments, qu’on me fasse ressentir des trucs, dans ce registre qu’on me bouleverse, mais rien n’est bouleversant ou sujet à l’émotion, on reste un observateur vierge et on ressort de "Boyhood" sans ne retenir aucun véritable message. Et pourtant bizarrement je ne me suis pas ennuyé durant ces 160 minutes, elles sont même passées assez vite, ça n’est pas forcément le problème, mais je n’ai cessé d’espérer qu’il se passe enfin quelque chose, je ne sais pas que Mason pète un plomb à cause à cause d’une rupture amoureuse ou d'un affrontement quelconque, qu’il se renferme sur lui même à cause d’une addiction à la drogue, tout cela pouvant créer une crise interne familiale et/ou avec ses proches, mais strictement rien n’arrive jusqu’au générique final, apparemment ça n’est pas le but du long métrage, bon …

Cependant j’ai aimé la relation père-fils où j’ai trouvé Ethan Hawke très impliqué dans son rôle, on ressent vraiment une complicité, ça marche également avec Patricia Arquette, même de manière générale l’arborescence est plutôt cohérente, le tout servie par une réalisation minimaliste qui fonctionne avec le registre, on ne s’attarde pas sur des artifices esthétiques (à part la séquence finale du couché de soleil), juste dommage que le reste ne suive pas, même la BO est décevante, pourtant l’intro avec "Yellow" de Coldplay laissait envisager une bande son superbe, frustrant, en plus certains morceaux sont placés de manière presque aléatoire. Ce que j’ai aussi apprécié ce sont les petits détails socio-culturels des États-Unis au fil des années comme la politique Bush et la guerre en Irak et en plus sans en faire des caisses, et ça c'est bien joué. Enfin ça reste tout de même le long métrage typique pour plaire aux américains, comme une fresque à la "Forrest Gump", nul doute qu’il sera le favori aux Oscars, c’est écrit d’avance, décidément cette académie n’en finira plus de me décevoir d’année en année, le cinéma hollywoodien qui se regarde dans le miroir ça devient irritant.

Bref "Boyhood" m’aura déçu, j’attendais autre chose, le film n’est pas non plus mauvais, mais reste à mes yeux dépourvu d’une réelle sensibilité et d’un côté bouleversant qui aurait pu m’interpeler, tout ce travail durant 12 longues années pour accoucher d’un résultat si peu intéressant dans le fond de son histoire, c’est vraiment dommage. D’ailleurs je pense qu’il n’y aura jamais de second visionnage car je n’ai strictement aucune envie de revoir ce film.

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