"And nights bright days when dreams do show thee me" W. Shakespeare

Avis sur Brazil

Avatar Dimitricycle
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"Brazil" est indéniablement le chef d'œuvre ultime de Terry Gilliam. C'est aussi, en ce qui me concerne, le meilleur film dystopique réalisé à ce jour.

Enfin, n'y allons pas par quatre chemins, on peut tout simplement le considérer comme un des plus grands films de tous les temps.

Je renifle de façon hautaine devant toute personne déclarant que "Brazil" a mal vieilli et que certaines images sont ridicules; je pense que Gilliam a réalisé un film titanesque compte tenu de l'époque et du peu de moyens dont il a bénéficié pour le faire. Le travail de réalisation est bouleversant de génie; difficile de ne pas s'émerveiller devant le savoir-faire frisant la perfection de l'ex Python : peu de réalisateurs sont parvenus à créer un univers aussi personnel, intéressant et reconnaissable que celui de Gilliam.

Dans "Brazil", la dystopie se veut critique de quantité d'éléments traditionnellement visés dans ce genre artistique, mais peut-être s'est-elle plus particulièrement intéressée à la notion de perte d'identité, à travers le personnage de Sam Lowry, qui s'engage dans une lutte désespérée pour essayer de ne pas perdre Jill, et/ou, comme je le pense, de ne pas se perdre lui-même.

Il m'apparait qu'il s'agit en effet du thème central de l'histoire, tant on semble le retrouver partout à travers le film : le conformisme est omniprésent, de nombreux personnages sont cagoulés, masqués, voire complètement mis dans des sacs-camisoles... On attribue des matricules aux individus, tout est numéroté, classifié, à tel point que l'erreur devient source d'incompréhension, de malaise (Sam semble être le seul à se rappeler que l'erreur est une des choses qui fait de nous des humains). La mère de Sam et sa copine n'en finissent pas d'abuser de chirurgie esthétique, à tel point qu'elles en deviennent méconnaissables, Jack Lint (Michael Palin) confond les prénoms de ses trimelles* (*emprunt lexical à Queneau)... La perte d'identité atteint son paroxysme quand Sam déclare : "I don't know who I am any more". On peut même remarquer que les initiales de "Ministry Of Information" forment le mot "moi" en français, ce qui pourrait n'être qu'une coïncidence, mais étant donné le nombre de gros plans qu'on a sur les plaques dudit ministère...

Les types de plans et les mouvements de caméra accentuent encore plus cette sensation de malaise, de lutte, d'égarement... On remarque que la caméra n'est presque jamais située à hauteur des personnages : ce ne sont que plongées et contre-plongées; ajoutez à tout cela une atmosphère oppressante, un univers fait de gratte-ciel "sans vie", de tuyaux et de conduits intrusifs, de pollution et de déchets, des couleurs glauques, froides (à dominance bleue) ou agressives (néons roses et rouges), des explosions, du feu et du sang, cela crée une forte impression de chaos, à l'image du chaos intérieur que ressent le personnage principal.

Le côté conflit interne est rendu explicite lors de la scène du démasquage du samouraï onirique, mais également à de nombreuses autres reprises (il y a notamment beaucoup de scènes avec des miroirs, souvent des miroirs diptyques ou triptyques d'ailleurs, et une scène en particulier, lorsque Sam et Jill débarquent au salon de lingerie : où l'on voit Sam qui se retrouve accolé de force à un miroir et donc à son reflet...).
Face à ce chaos intérieur, le dernier havre restant est le rêve, avec tout l'espoir qu'il contient, et surtout l'espoir d'amour; "Brazil" chante l'importance du rêve.

Le film est connu pour le très grand nombre de références culturelles qu'il contient (Eisenstein, Hitchcock, Kafka, Orwell, pour ne citer qu'eux), et parce qu'il reprend de nombreux slogans (affiches, statues, badges...) ayant été utilisés dans la vraie vie dans des sociétés (à tendance) totalitaires... "Brazil" a lui-même énormément influencé et continue d'influencer le monde artistique tant c'est une œuvre riche et complexe et excellente... "Brazil" est un film époustouflant, magnifique, qui n'en finit plus de me fasciner par sa beauté, sa complexité, sa poésie...

Je terminerai en faisant référence à la superbe bande son du film, qui compte une des plus belles chansons jamais portées à l'écran, celle qui a donné son titre au film, sublime...

"Retuuurn... I wiiill... to oold... ... Braaaa... ziiiil...
tintin tintin ta tin tin tin..., tatin tatin tata tintin...
... tatin..."

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