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Si la volonté de renouveau est incontestable, et celle aussi de s’éloigner des tics qui surchargeaient les épisodes récents (action à outrance, humour de bas étage, gadgets envahissants, intrigues rabâchées), Casino Royale, malgré sa très bonne tenue, aligne quelques travers qui ne lui permette pas d’atteindre le niveau d’un James Bond noir et réussi tels que Bons baisers de Russie, Opération tonnerre ou Permis de tuer. Les bons points d’abord : la violence annoncée est bien au rendez-vous, sèche et efficace. James Bond est amoché pendant presque tout le film et ne l’a jamais autant été, saignant et suant lors de poursuites et de combats violents qui laissent une bonne impression d'agressivité énergique. La mise en scène est nerveuse, le montage souple, donnant une ampleur et une tension remarquables aux scènes d’action.

Daniel Craig, très bon malgré un jeu trop monolithique, fait de Bond ce qu’il est vraiment dans les romans (un homme impulsif, renfrogné et sanguin). L’intrigue sait rester crédible et mesurée même si elle n’est pas tenue sur la distance, la fin s’enlisant dans un retournement de situation décousu. Les quelques libertés prises avec le mythe sont plutôt réjouissantes : séquence pré-générique en noir et blanc, anti-spectaculaire au possible, Moneypenny remplacée par une crevette en cravate, pas de shaker ni de cuillère pour la vodka martini, et le "Bond, James Bond" prononcé à la toute dernière seconde du film.

Les mauvais points maintenant : la partie romance du scénario n’est pas très convaincante en dépit de l’alchimie entre Craig et Eva Green (leur première rencontre dans le train est assez relevée). La fameuse scène de torture est vite expédiée, comme si Martin Campbell avait honte de filmer une chose pareille (alors qu’elle s’éternise dans le roman), et sa sauvagerie est désamorcée par un Bond jouant les fanfarons. Si le montage des scènes en elles-mêmes est très réussi, celui du film dans son entier est plutôt bancal : la majorité des séquences spectaculaires est reléguée dans la première moitié du film (la poursuite à Madagascar, celle dans l’aéroport, les combats à mains nues...), puis il n’y a plus grand chose à se mettre sous la dent, excepté le final décevant à Venise. Enfin, Bond a de plus en plus tendance (depuis Brosnan en fait) à se transformer en vendeur publicitaire, ici pour des voitures, des ordinateurs et des téléphones portables dernier cri.

Le bilan est donc globalement positif et laisse augurer, pour les épisodes à venir, d’une nouvelle ligne directrice plus sombre et plus physique qu'il faudra cependant débarrasser de plusieurs scories pour envisager un réel dépoussiérage et une brutalité assumée, essentielle à la saga 007 et perdue depuis bien longtemps.

mymp
7
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