Tableau du désastre

Avis sur César

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Comme les deux premiers films de la Trilogie, César commence par un panoramique sur l’immensité du port de Marseille ; et pourtant on n’est plus, paradoxalement, dans le petit périmètre du Bar de la Marine ; et d’ailleurs, lors de la seule séquence goguenarde et bouffonne du film, celle du chapeau melon qui recouvre un rude pavé et qui appelle à des shoots mirobolants, ce ne sont pas les quatre complices initiaux qui sont assis en terrasse. Panisse n’est plus là et César n’est pas là. Les remplacent le docteur Venelle (Édouard Delmont) et Innocent Mangiapan, le chauffeur du ferryboate (Maupi). C’est presque pareil, mais ce n’est plus pareil : vingt ans ont passé depuis Fanny, le petit garçon que Marius voulait arracher à son père nourricier est devenu un grand flandrin qui va sortir major de Polytechnique, l’eau grise des déceptions a laissé sa trace sale sur tout le monde et le confort a lassé toutes les vertueuses indignations.

Quand Panisse meurt, précisément, tout est bien entré dans l’ordre tranquille. Brillant sujet, Césariot, en plus, sera riche. L’ascenseur social, comme on ne pensait pas encore à le nommer ainsi, fonctionnait à plein régime et ceux qui en bénéficiaient n’avaient pas le moindre état d’âme sur son bien-fondé.

Intervient alors le petit caillou dans la chaussure, l’obligation faite par l’abbé Elzéar Bonnegrâce (Thommeray) à tous les conspirateurs du silence de révéler à Césariot qu’il n’est pas le fils de qui il pensait. Et tout ce qui s’ensuit.

Si César n’est pas le meilleur film de la Trilogie, il est pourtant sans doute le plus cinématographique, et cela pas simplement parce qu’il a été directement écrit pour l’écran et non pas, comme les deux premiers volets, adapté de la scène. Pas simplement non plus pour les nombreuses scènes d’extérieur, qui n’avaient été nullement exclues auparavant. Mais sans doute plutôt grâce à la fluidité de la mise en scène qui quitte avec aisance les personnages, virevolte autour d’eux et les reprend.

Il y a beaucoup d’amertume dans César, malgré le happy end que tout le monde attend et dont chacun se félicite, mais qui ne résout rien : tout ce que Marius a dit à Fanny de la difficulté qu’elle et lui auront de passer au dessus du gâchis de leur vie demeure et persiste ; et l’expérience qu’ils vont tenter, la quarantaine atteinte n’est pas forcément promise au succès ; ils vont essayer de ravauder le tissu déchiré, mais ni l’un, ni l’autre ne se fait grande illusion : les miracles n’ont lieu qu’une fois et leur chance a passé.

C’est bien dommage d’avoir donné à l’épouvantable crispant André Fouché le rôle de Césariot qui devrait être tout en nuances intelligentes et en finesse de cœur ; sans cela chacun est à sa place immuable, celle du sacrifice.

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