Robocop

Avis sur Chappie

Avatar Flaw 70
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Neill Blomkamp, qui signe ici son troisième film, s'est imposé en peu de temps comme un auteur habile dans ses thématiques et dans la richesse des univers qu'il dépeint que ce soit dans l'écriture ou la mise en scène. Alors que tout le monde voyaient son Elysium comme un gros ratage, moi je l'ai défendu dès le début, en y voyant un revival de la SF d'anticipation des années 80, Blomkamp prenant une voie assez différente de District 9 tout en gardant une cohérence entre les deux œuvres car si dans leurs thématiques les films étaient proches, ils étaient diamétralement opposés dans leur ambitions et leurs mises en formes. Je comprends que cet aspect ait pu déstabiliser pas mal de monde qui voulait un nouveau coup de génie de la part de Blomkamp avec un film dans la même veine que son premier film mais pourtant, malgré son caractère imparfait, notamment à cause d'une écriture cédant parfois à la facilité, Elysium reste un film de SF grandiose, intelligent et inventif. Pour moi le film n'était pas un ratage mais juste l'évolution logique du cinéma de Blomkamp qui laissait déjà voir ses ambitions, sauf que ce soi-disant ratage l'a poussé à se remettre en question et faire un film que le public veut, soit une resucée de District 9, ce qui fait de ce nouveau film le premier gros ratage de Blomkamp à mes yeux. Et la chute est dur car après un petit bijou de SF et un excellent film voilà qu'il nous pond un film pas terrible où les défauts prennent le pas sur la qualité.

Pourtant on ne pourra pas enlever à Blomkamp qu'il garde une cohérence imparable, en continuant dans ses ambitions mais aussi dans ses thématiques. Car il a clairement pour ambition d'être le nouveau Verhoeven, et à mes yeux c'est clairement le cinéaste qui se rapproche le plus en terme de cinéma du style Verhoeven. District 9 était son Starship Troopers, on y retrouvait la critique des émissions de propagandes où les extraterrestres était appelé "crevettes" pour le parallèle avec les "arachnides" du film de Verhoeven, on y retrouvait la critique des médias et des forces militaires mais malgré ses hommages évidents le film de Blomkamp trouvait sa propre identité dans son contexte social, son propos et son univers visuel, Blomkamp arrivant avec brio à ce réapproprier le cinéma de ses pairs et d'y injecté habilement son propre ADN. On retrouvait la même chose avec Elysium qui est le Total Recall de Blomkamp, les deux films partageant le thème de l'utopie, du rêve à atteindre et de manipulation des forts sur les faibles. Blomkamp prouvant alors qu'il savait parfaitement joué avec cet effet de miroir en jouant avec les attentes des spectateurs pour les déjouer, il était pertinent dans son approche du genre et arrivait à le révolutionner. Ici il continue sa synthèse avec Verhoeven signant clairement son Robocop, on y retrouve les extraits de journaux télévisés, les questionnement de l'I.A, de la place de l'homme au sein de la machine et etc. Mais pour le coup cela est fait de façon beaucoup moins habile et la mayonnaise ne prend plus car à défaut de réinventer, Blomkamp copie ce qui à déjà été fait par lui-même ou par d'autre ce qui fait que le film manque d'originalité.
Néanmoins on reste dans les thématiques de Blomkamp avec ce contexte social unique et extrêmement bien traité, cette réflexion sur l'évolution et la notion de surhomme, Blomkamp pousse même ses réflexions vers une nouvelle étape, celle de la réincarnation. Ce qui fait qu'il fait un pas en avant dans son cinéma, y apportant des choses intéressantes et en prenant des risques mais cela vient bien trop tard dans le film et est amené très maladroitement, pour ne pas dire de manière carrément stupide et facile. Car ici le problème n'est pas l'idée qui dans le principe est excellente mais c'est son exécution qui pêche véritablement plongeant souvent le film vers la série Z. Blomkamp a voulu trop en faire ici, son film est dense dans les thèmes et les questionnements qu'il aborde ce qui fait qu'il traitera l'ensemble de manière succincte comme le personnage de Chappie, qui voit son traitement psychologique réduit à peu de choses, son apprentissage est classique et pas attendrissant, le film manquant cruellement d'âme. A l'image même de la naissance de Chappie qui est une scène incroyablement impersonnelle et froide alors qu'elle aurait dû se montrer douce et mélancolique. Mais le film est bien trop pressé voulant traité son histoire dans l'urgence, créant des enjeux pas vraiment intéressant ce qui fait que plus qu'avoir une intrigue claire et définie, on aura plusieurs sous-intrigues qui rentrerons parfois en collision avant de ne faire qu'une pour le final. D'un coté on à l'apprentissage de Chappie par son créateur et sa "mère", qui veut lui apprendre l'art, la créativité et l'épanouissement personnel mais c'est traité de manière simpliste et enfantine avec un message digne de cours de maternelle qu'on rabâche sans cesse dans les divertissements familiaux surtout que c'est réduit à rien car tout cela est étouffé par le reste. Car on s'intéressera plus à l'apprentissage de Chappie en apprenti gangster au coté de son "père" et de son "poto" qui montre la dureté de la vie, les oubliés de la société et tout le caractère social du cinéma de Blomkamp, c'est la partie du film la plus réussi surtout qu'elle permet un habile contraste avec la première. Si la partie humanité est étouffé par la partie gangster cela à un sens, celui d'un monde cruel qui broie toute innocence nous obligeant à renoncer à notre enfance plus tôt que l'on ne voudrait. Ce décalage permet de créer un aspect malsain et dérangeant au film, comme ceux qu'on trouvait dans les Verhoeven d'ailleurs avec cette même approche crue et trash de la violence. Ensuite pour la dernière sous-intrigue on à le parcours de l'opposant du créateur de Chappie, qui lui veut absolument vendre son robot qu'il va faire son gros méchant. Cette aspect du film ainsi que le méchant sont ridicules et mal traités, même si ça permet de faire une critique de la cupidité et que ça reste dans les thèmes de Blomkamp déjà explorées au centre d'Elysium et à travers le MNU de District 9, le méchant est risible, ses motivations sont infondées, son plan est stupide et sa caractérisation est ridicule et incohérente. Il est très religieux donc forcément raciste et enclin aux meurtres de masses... Avec ça le film touche vraiment le fond surtout que le deuxième méchant du film est pas mieux, il se résume à être un mec bourré de tatouage, à hurler à chacune de ses répliques qui sont du niveau " je suis méchant, je suis pas beau, je ne fais que hurler pour me donner un air inquiétant " et à tirer en l'air parce que autant aller jusqu'au bout des clichés et avoir l'air totalement ridicule. D'ailleurs tout les personnages sont clichés, caricaturaux et sans psychologies même Chappie qui reste le personnage le plus intéressant du film est très classique dans sa psychologie et on à clairement vu mieux comme traitement pour ce genre de personnage. Et c'est vraiment dans cette écriture globale que le film se plante, l'histoire est inconsistante, sans parler d'un final bâclé qui n'est permis que grâce à l'incohérence de l'univers dépeint par Blomkamp et la stupidité des personnages car chaque choix pris dans le dernier acte du film sont plus bêtes les uns que les autres. Le film ne prend même pas la peine de soigner ses détails contrairement à ce qu'avait fait Blomkamp pour ses autres films, comme par exemple ici le robot du méchant se contrôle grâce à un casque connecté avec un pilote qui dicte se que doit faire le robot, donc si cela est censé ce faire par la pensée, pourquoi à la fin le méchant utilise un joystick ? Et pourquoi il a besoin de trois gros écran de télévision alors qu'il à un casque qui lui cache les yeux ? Sans parler non plus de la quête de Chappie pour comprendre la conscience qui n'est pas développer et qui se résout de manière aberrante. L'univers est donc incohérent cédant trop souvent à la facilité soutenue par des personnages caricaturaux et inintéressants avec en plus des dialogues relativement mauvais qui cède à l'infantilisation, à l'humour niais et au vide. C'est donc très plat et le film à le cul entre deux chaises en terme de ton, trop enfantin pour être pleinement pris au sérieux mais aussi trop mature dans ses thématiques, son propos et sa violence graphique pour être un divertissement familial, ce qui fait qu'il n'est satisfaisant sur aucun des deux tableaux.
Sinon le casting est globalement moyen mais les acteurs font malgré tout ce qu'ils peuvent avec ce qu'on leur donnent, ici Sigourney Weaver ne fait que de la figuration, le groupe Die Antwoord sent le chaud et le froid, lui sait se montrer juste même si il a tendance à en faire trop tandis que elle est souvent à coté de plaque récitant plus souvent qu'elle ne joue comme Dev Patel qui ne semble pas trop savoir où il se trouve et tombe dans une performance relativement mauvaise et hors sujet. Pour Hugh Jackman il cabotine beaucoup et ne peut pas faire grand chose avec son rôle relativement léger mais il semble s'amuser dans ce rôle de méchant et son caractère sympathique nous aide à faire passer sa performance malgré tout assez moyenne et seul Sharlto Copley offre une bonne performance même si il n'est pas vraiment présent à l'écran.
Pour ce qui est de la réalisation c'est plutôt correcte dans l'ensemble, la photographie est léchée, le montage maîtrisé et la BO très électro se laisse apprécier notamment avec un ou deux thèmes vraiment bien senti. Sinon la mise en scène de Neill Blomkamp manque cruellement d'inventivité et d'ampleur car ici l'univers visuel qu'il compose est très fade, on est loin de la richesse visuel de ses deux précédents films, ici cela se résume à un bâtiment abandonné, un quartier pauvre, un quartier riche et un bâtiment qui fait à la fois hangar à robot et bureau des employés au design très random. On a toujours les mêmes lieux qui reviennent l'ensemble manquant cruellement de mouvements surtout qu'ici Blomkamp recycle ses effets de mise en scène avec un début similaire en tout point à celui de District 9 et fait preuve d'un manque d'originalité dans ses scènes d'actions qui sont ici très molles et génériques, on est loin des fulgurances épiques de Elysium et District 9. Notamment la scène d'action finale qui ici se trouve être assez pathétique dans son traitement usant de tout les clichés du genre. En gros la mise en scène est classique, sans fulgurance et un peu fade même si elle se montre maîtrisé et abouti notamment dans ses excellents effets spéciaux mais voilà elle manque d'énergie et d'âme n'arrivant jamais à nous exalter ou nous émouvoir.

En conclusion Chappie est un film pas terrible et clairement le premier vrai ratage de Blomkamp. Même si les intentions étaient bonnes et que le propos général du film est bon, c'est vraiment l'exécution de l'ensemble qui est maladroite plongeant souvent dans le stupidité et la facilité. C'est d'autant plus dommage que le film oublie quelques questionnements pertinents et qu'il traite de manière trop succincte ceux auquel il veut bien s'intéresser. Néanmoins Blomkamp prouve qu'il est un auteur cohérent qui pense avant tous à la cohésion de sa carrière pour créer une oeuvre unique qui lui est propre. Ici il rate à réinventer son cinéma préférant faire un pas maladroit en arrière plutôt que d'aller véritablement en avant comme il avait su le faire avec Elysium mais ce n'est pas vraiment dommageable et je reste confiant dans son style, je suis sûr qu'il arrivera à faire un Alien digne de ce nom mais ici il ne savait plus trop comment faire avec les mauvais retours de son précédent film on sent qu'ici il était plus hésitant. Il préfère miser sur une approche classique plutôt qu'une véritable prise de risque, il a voulu jouer la sûreté minimisant ses ambitions perdant l'aspect maladif, frénétique et ambitieux de ses précédents films qui même si parfois étaient imparfaits, ils étaient tellement généreux et avaient tellement de vitalité qu'ils en devenaient unique et précieux. Ici le spectacle n'est pas à la hauteur ni d'un point de vue intellectuel ni d'un point de vue visuel. Regardez plutôt le grand frère spirituel de Chappie, le Robocop de Verhoeven, en attendant que Blomkamp revienne en forme car là c'est de la grande SF.

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