Faut vraiment être maso pour continuer à regarder ça...

Avis sur Cinquante nuances plus sombres

Avatar Sébastien Decocq
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En 2015, les studios Universal avaient fait un malheur en termes de box-office, enchaînant les cartons avec notamment Fast & Furious 7, Jurassic World, Les Minions… et au milieu de tous ces gros blockbusters, un certain Cinquante nuances de Grey. L’adaptation d’un « phénomène mondial » (best-seller, ça aurait été de trop !) qui avait su rapporter près de 600 millions de dollars, pour un budget de 40 millions. Un succès que le film devait essentiellement à la hype du livre, et non à son incroyable manque de qualités qui faisait de lui un long-métrage érotique d’un vide et d’une froideur intersidéraux. Qu’à cela ne tienne ! Avec un tel score, la (més)aventure continue via le second volet de la romance entre l’innocente Anastasia Steele et le milliardaire SM Christian Grey. L’occasion d’améliorer ne serait-ce qu’un chouïa le premier opus, véritable tâcheron du cinéma voire du domaine culturel dans son ensemble ? Plutôt le contraire, au grand dam d’un public qui n’a pas répondu autant présent pour cette suite (« seulement » 378 millions de dollars de recettes mondiales)…

La première chose qui agace grandement avec Cinquante nuances plus sombres, c’est que tous les défauts de l’épisode précédents, sans exception, sont encore là. À commencer par le ridicule du scénario. Mais attention à cette remarque : nous avons affaire à l’adaptation d’un livre érotique, n’ayant pour but que d’attiser l’appétit sexuel de lecteurs (et dans ce cas-ci de spectateurs) à la libido en éveil ou en mode veille depuis bien trop longtemps. Il est donc normal que l’écriture ne soit pas le point fort du film, se vautrant dans des situations et des répliques d’un ridicule juste hallucinant (« J’accepte de déjeuner avec toi. Et parce que j’ai faim », franchement…). Comme dans un porno, n’ayons pas peur des mots ! Le tout aurait, encore une fois, pu fonctionner si deux critères pourtant essentiels n’avaient pas été négligés de la sorte. La première chose, et pas des moindres, le sexe. Certes, par rapport à Cinquante nuances de Grey, ce second opus en propose « 4 minutes supplémentaires » (je l’écris non sans une certaine moquerie…). Mais cela reste toujours aussi fade ! Les scènes, qui de base doivent titiller les hormones, ne font aucun effet. À cause d’une mise en scène totalement absente, privilégiant un montage clipesque noyé par une BO prouvant à quel point ce pauvre Danny Elfman se prostitue auprès des productions hollywoodiennes depuis quelques temps (elle est loin l’époque où il nous sortait des compositions marquantes pour Tim Burton ou les Spider-Man de Sam Raimi…). On a juste deux personnes passant à l’acte pendant plusieurs passages du récit, omettant une fois de plus de nous plonger dans le domaine du BDSM, résumé a des accessoires jamais utilisés. Ou alors très peu d’entre eux le sont, mais les plus « softs ». Et on assiste à cela avec une indifférence la plus totale ! Il y a peut-être la séquence du billard (une scène de drague) qui peut réveiller en nous un soupçon de sensualité, et encore !

L’autre problème de l’écriture, c’est que le tout se prend beaucoup trop au sérieux. Le premier film aussi avait ce défaut de ne jamais assumer sa nullité érotique. Mais il avait le « mérite » (un bien grand mot…) de tenter une sorte de second degré de la part de sa réalisatrice Sam Taylor-Wood et de sa scénariste Kelly Marcel, qui voulait se moquer un peu du projet. Ce qui n’a pas plus à l’auteure et productrice E.L. James qui a voulu prendre les choses en mains en nommant son propre mari, Niall Leonard, au script et faisant changer entièrement l’équipe technique. Malgré donc le ridicule de certaines séquences, vous ne rirez plus jaune. Vous serez bloqués dans une romance, pimentée par quelques instants sexuels et un aspect thriller tout aussi fade, qui aurait pu marcher si les comédiens s’entendaient entre eux et ne jouaient pas comme des manches (Dakota Johnson… sans commentaire !). Si la plupart des personnages secondaires, pourtant intéressants sur le papier, n’avaient pas été mis de côté de la sorte (le meilleur ami secrètement amoureux, l’ex harceleuse, la dominatrice jalouse…). Si le récit en lui-même, essayant pourtant de développer ses protagonistes, ne s'enlisait pas dans des monstruosités scénaristiques faisant perdre à la romance toute crédibilité : l’héroïne folle amoureuse d’un homme ne faisant que de la harceler au point d’avoir monté un dossier sur elle (je cite, « pour trouver une nouvelle soumise »), de la posséder voire de la forcer ; Grey revenant comme si de rien n’était après un crash d’hélicoptère et se retrouvant en quelques minutes propre comme un sou neuf, prêt à coucher. Et si l’ensemble avait duré moins longtemps plutôt que d’étendre inutilement un visionnage inintéressant sur plus de deux heures, au point de vouloir réveiller le spectateur en cours de route par une séquence de crash digne des gros blockbusters (avec effets spéciaux et orchestrations tendues). En bref, entre quelques parties de jambes en l’air, Cinquante nuances plus sombres veut absolument mettre l’histoire d’amour qu’il propose sur un piédestal alors qu’elle ne fonctionne pas du tout. Comme je vous le disais, avec autant de sérieux et de ridicule jamais assumé, vous ne rirez plus nerveusement. Soupirer de désespoir, ça par contre, vous ne manquerez pas de le faire…

Et le pire dans tout cela, c’est que ce n’est pas fini ! En effet, malgré un score moitié moindre que son prédécesseur, ce second opus annonce clairement durant son générique (façon série TV) le troisième et dernier épisode de la trilogie littéraire, prévu pour l’année prochaine. Une conclusion dirigée par la même équipe que cette suite, promettant d’emblée pour notre plus grand malheur un long-métrage tout aussi indigeste et inutile, qui ne compte nullement corriger les inepties de ses prédécesseurs et de ce Cinquante nuances plus sombres en particulier. Cela me fait penser que je me suis trompé à propos de l’univers de la franchise. Cette dernière est vraiment SM : il faut être maso pour perdre autant de temps à la suivre de bout en bout, même de manière désintéressée juste pour en écrire des critiques !

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