Damn good coffee "I've had I can't tell you how many cup of coffee in my life and this is the best"

Avis sur Coffee and Cigarettes

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Des types qui boient du café et fument des clopes. Une histoire qui tient sur un coin de serviette ; onze saynètes où se succèdent les discussions sur le café et les cigarettes. Au delà des échanges de banalités volontairement chiants (on en a tellement fait le tour du small talk qu'il se répète), le film se veut un cliché du cinéma indépendant, dont on moque la vanité de son discours derrière un faux élitisme. Ce discours insignifiant coule le long du film, Iggy Pop et Tom Waits, les prétendus "voix d'une génération" ont le souffle coupé : ils n'ont pas le droit à leur chanson au jukebox ; le vrai symbole de cette génération c'est le café et les clopes, addiction dangereuse, d'une vie destinée à la mort, qui déforme les voix mais paradoxalement permet de discuter (le seul personnage muet est l'enfant qui ne boit pas de café).

A gun a girl and a french cigarette

Le café et la cigarette c'est surtout un symbole de cinéma, Jarmusch se place en héritier du film noir français et de la Nouvelle Vague ; le segment "Renée" en est l'exemple le plus frappant. L'actrice Renée French (actrice qui n'aura fait que ce rôle) est une fausse Brigitte Bardot -par sa coiffure-, qui lit un catalogue d'arme, ("all you need to make a movie is a gun and a girl" Jean-Luc Godard). La magnifique photographie et la forme, en apparence décousue, est également un hommage aux premiers Godard.

Champagne au café

Pourtant, le film n'est pas si coupé qu'il le semble, Jarmusch s'amuse à tracer des liens entre les courts (la forme du damier omniprésente, apogée du Noir et Blanc), mais c'est surtout le lien entre les personnages qui définit ce film. Le café et les clopes quittent l'eclectisme du film d'auteur pour être accessible à tous, tout se mélange par la vanité des liens familiaux, des classes sociales, de célébrité qui n'existent pas, tout le monde est égaux face au café (sauf Steve Coogan qui boit du thé, personnage orgueilleux puni par Jarmusch – pour faire hommage aux français il faut taper sur les anglais!). Bill Murray, seul personnage auquel on accorde le statut de star, est aussi serveur... C'est la consécration d'une boisson populaire, qui devient une sorte de champagne imaginaire , à la fois banal -accessible à tous- et eclectique -permettant d'échapper à la vanité du monde en attachant les buveurs, du New Jersey à Los Angeles, les riches et les pauvres, les noirs et les blancs, les médecins et les musiciens, les vieux et les jeunes, tout le monde fume et/ou boit du café.

Coffee and cigarettes est le film de la carrière de Jim Jarmusch, punk déviant mais dans la norme, marginal mais banal, l'histoire d'un cinéma indépendant mais populaire.

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