Jours de fête.

Avis sur Coup de tête

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N’importe quel film avec Patrick Dewaere porte un éclat particulier : du polar crépusculaire Série Noire aux Valseuses, tout ne semble tourner qu’autour de lui. Aussi, le voir dans un film de Jean Jacques Annaud (son seul bon film, selon certaines mauvaises langues, Thoret en tête…) écrit par Veber peut certes surprendre, mais non dissuader. On retrouve donc un énième François Perrin, en prise cette fois avec une petite ville de province et sa mesquinerie inhérente.
Les débuts sont, il faut l’admettre, un peu douloureux : vaudeville sur un échafaudage, comédie basique et musique typique de la comédie française des 70’s n’ont rien d’engageant. Mais lorsque l’intrigue se met en place, on est prêt à oublier ce quart d’heure inutile.

Accusé à tort d’un viol, Perrin est incarcéré et libéré pour pouvoir remplacer au pied levé un joueur blessé lors d’un match de foot qualificatif pour la coupe de France. Star de la soirée, il se voit porté aux nues alors qu’on le trainait dans la boue quelques jours auparavant. Le film n’est pas toujours très fin dans sa caricature, entre notables, commerçants corrompus, bourgeoises stupides et supporters bas du front. Mais l’orfèvrerie et la jubilation dans la vengeance du personnage de Dewaere font tout le sel de la farce.

Feignant dans un premier temps la gratitude avec le sourire faussement naïf qu’on connait bien au comédien, le joueur laisse le monde converger vers lui pour mieux ourdir sa revanche. Lors d’un repas cathartique, mélange entre Festen et la farce sociale organisée par Auteuil dans Quelques jours avec moi, les quatre vérités éclatent avec un fracas méchamment jouissif. Ce qui compte, c’est moins les représailles dont il menace toute la communauté que la façon dont il fait s’écrouler comme un château de cartes toute la vanité de la ville autour de fausses valeurs. Le sport comme vecteur de l’hystérie collective, l’humanité primale (« On marque avec ses couilles. On gagne avec sa haine »), l’ennui profond de la vie provinciale (« enfin un dîner où il se passe quelque chose », conclura l’une des épouses) : autant d’éléments à charge contre cette fameuse France profonde, et au milieu de laquelle l’électron libre et solaire qu’est Patrick Dewaere fait figure de messie anarcho-salvateur.

Grâce lui soit rendue, et gloire à lui pour les siècles des siècles.

(7.5/10)

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