Les plus belles amitiés sont les plus malsaines.

Avis sur Créatures célestes

Avatar Maximemaxf Sinister Mask
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Ne cherchez pas la logique dans le titre de cette critique, ce n'est pas le but. Et si jamais elle vous paraît dérangeante, ne vous inquiétez pas, elle est à l'image de ce film totalement psychologique et psychotique que Peter Jackson a proposé en 1994.

Et justement, il y a 40 ans, en 1954, en Nouvelle-Zélande dans la ville de Christchurch, un fait divers racontant le meurtre d'une mère par deux amies, dont l'amitié a été particulièrement mal vue par les médias lorsque la nouvelle a été répandue, a fait un énorme scandale à travers tout le pays. A tel point que ces deux adolescentes ont été considérés comme des monstres quand on a apprit ce qui s’était produit. Je me souviens d’ailleurs en avoir entendu parler un soir lors d’une émission qui s’attardait sur le sujet.

L’épouse de Peter Jackson, Fran Walsh, s’est fascinée pour cette histoire et a convaincu son époux d’en faire un film et de l’intéresser à ce sujet et après certains événements, Jackson a décidé de faire un mémoire sur ces deux filles : Juliet Hulme et Pauline Parker.
Peter Jackson qui ressortait du sanglant, gore et hilarant Braindead, s’est donc renseigné pendant près d’un an en questionnant des gens en lien ou proche de cette histoire. Il a décidé de tourner l’intrigue sur les lieux ou ces événements se sont réellement réalisés, mais en se basant uniquement sur la vision de Pauline avec les mémoires de son journal intime afin de ne pas les diaboliser comme l’ont fait les médias néo-zélandais à l’époque.

Et si j’ai décidé de faire une critique ce film, c’est parce que je suis un admirateur du cinéma de Peter Jackson, mais aussi parce qu’avec ce film, il a accouché d’une œuvre à la fois troublante, triste et perturbante qui, selon moi, mérite qu’on en parle en raison des sujets qu’il touche, et parce qu’il m’a personnellement mit une belle mandale dans la gueule.

Pour jouer Pauline et Juliet, les rôles ont été accordés à Kate Winslet, qui a été révélée grâce à ce film et a aujourd’hui une carrière bien remplie dont un passage chez James Cameron (merci Peter), et Mélanie Lynskey qui se fera plus discrète, et qui collaborera une nouvelle fois avec Jackson pour Fantômes contre fantômes avant, de nos jours, d’être un des personnages principaux dans Mon Oncle Charlie (et elle fera aussi un coucou à Sam Mendes dans Away We Go). Concrètement, Pauline et Juliet sont présentées, de manière assumé, comme deux stéréotypes : Pauline, fille de catholique étant un garçon manqué et étudiante modèle, et Juliet une je sais tout moqueuse mais plus extravertie, toutes deux partageant une passion commune pour l’opéra, l’écriture et les belles histoires imaginaires (enfin, belles… pas dans le sens ou on l'entend). D’ailleurs si je dois accorder un vrai bon point à Jackson ici, c’est que c’est probablement le film ou il s’intéresse le plus à ses personnages principaux. Que ce soit pour les échanges entre Juliet et Pauline, leur passion pour des arts, leur état physique et leur détachement du monde réel au point d’être obsessionnel l’une envers l’autre.

En plus, les deux actrices jouent le jeu à fond et s’en sortent à merveille, sur ce point je n’ais rien à redire, chacune est entièrement investi dans la performance de son personnage. Même si par moment, on n’échappe pas à quelques niaiseries

comme Pauline et Juliet se déshabillant dans les bois en chantant (terriblement faux) The Donkey Serenade de Mario Lanza.

Pour ce qui est du reste du casting, ce sont tous des acteurs néo-zélandais ou britanniques au final très peu connu qui remplissent leur part du job. Je ne dis pas qu’ils n’ont rien eu par la suite mais je me souviens de quasiment aucun nom après le générique, le reste des personnages n’étant finalement limité qu’à la vision de Pauline Parker.

Musicalement, les choix de chanson d’opéra de Mario Lanza sont là pour insister sur la passion que portent les deux adolescentes à l’Opéra. Pour les morceaux qui accompagnent l’image venant de Peter Dasent, le travail est là et bien fait même si ce n’est pas ce qu’on retiendra le plus.

Peter Jackson, comme toujours, met au profit du film, ses capacités de bricoleur avec son équipe et ses compétences de metteur en scène. La caméra est souvent très actif, très peu d’effets de style et en général bien exploité, comme les travellings rotatif autour de Pauline et Juliet

lorsqu’elles divaguent en dansant avec les statues en terre cuite.

La caméra réussie quelques jolie exploits techniques comme celui de pénétrer de faire visiter l’intérieur d’un château de sable, temple des histoires imaginaires des deux demoiselles. D’ailleurs c’est le seul film ou Orson Welles, un cinéaste révolutionnaire qui a apporté une grande évolution au cinéma, est diabolisé comme un homme laid et terrifiant assoiffé de sexe (je vous promets que c’est la vérité).

De plus, l’esprit bricoleur et maquettiste de Peter Jackson est également présent pour le travail sur l’univers enchanté de Pauline et Juliet, notamment pour le royaume de Borovnia avec le château et les hommes en terre cuite qui prennent littéralement vie et ajoutant davantage à l’atmosphère perturbante et belle qui ressort du film à travers l’imaginaire des deux amis néo-zélandaise.

Cela va me permettre de revenir à l’histoire et à la manière avec laquelle Peter Jackson la raconte en incluant ses thèmes qui sont devenus récurrent dans son cinéma : ses personnages éloignés et en mal de coutume avec leur entourage et une surenchère typique dans le traitement de son sujet.

J’ai déjà parlé de cela dans King Kong avec l’exagération débordant de générosité et de spectacle dans la mise en image, mais on peut également retrouver cette exagération poussé jusqu’au bout dans sa première trilogie de la Terre du Milieu, ou Braindead qui exploite son concept de départ pour partir dans un trip burlesque et sanglant.

Mais il y a un point important qui différencie Créatures Célestes de ses autres films : il a pour but de raconter un événement qui s’est réellement produit, qui a fait beaucoup de bruit lorsque cela est arrivé au point de diaboliser les deux amies. Peter Jackson ne peut donc pas se permettre de traiter le sujet avec une exagération cartoonesque à la façon de Braindead ou volontairement grotesque comme dans Les Feebles (un des rares films du gars que je n’aime pas).

Heureusement trois choix font que cette adaptation de fait réel fonctionne parfaitement : premièrement, le choix de filmer intégralement les événements sur les lieux du meurtre et ou les deux amies ont vécu leur amitié en Nouvelle-Zélande, ce qui rend l’investissement du spectateur plus grand. Autant dire que ça ne pouvait pas partir à la rigolade lors du tournage ou être pris avec légèreté avec un sujet aussi délicat et Jackson en avait conscience.

Deuxièmement, le choix de ne raconter leur amitié et le drame que du point de vue de l’une des deux filles pour donner une vision différente de ce que les médias décrivaient à l’époque.
Et troisièmement, même avec le point de vue de Pauline Parker et en étant sur les lieux ou se sont déroulés ces horribles histoires, sa marque de fabrique habituel est présente : l’exagération typique dans ses films qu’il instaure ici dans la relation qu’entretiennent Pauline et Juliet, des liens qui dépassent même le stade de la simple amitié au point d’en devenir psychologiquement poussée.

Cela se voit dans le caractère très définis des deux adolescentes, dans leur relation et surtout
dans leurs allers et venues dans le quatrième monde, un monde imaginaire rien qu’à elles que Pauline et Juliet se sont crées pour fuir la réalité et ou se retrouvent les personnages en terre cuite qu’elles ont inventés.

La meilleure illustration de cette exagération reste

le dernier voyage de Pauline et Juliet dans le quatrième monde, ou Pauline prend conscience de sa folie, à elle et Juliet, mais se laissant immerger par le petit monde qu’elles ont toutes deux façonnées.

Au final, lorsqu’on a finit le visionnage, on reste perplexe car le film nous laisse voir ces deux adolescentes comme ou le souhaite : deux gamines tête à claque qu’on a envie de baffer en continu, deux amies devenus plus que cela dont leur relation a été mal perçu par leur entourage, deux cinglées psychologiquement instable, chacun peut les voir comme il souhaite.

On obtient du coup un film atypique dans la filmographie de Peter Jackson, à la fois glauque, fascinant et effrayant mais également beau et triste à la fois. Beaucoup parle de la trilogie du Seigneur des Anneaux ou de celle du Hobbit quand on évoque son nom, ou bien de son remake de King Kong.
Pourtant, on est, ici, tellement loin de l’univers de la terre du milieu ou du gigantisme de Skull Island ici auquel on attribue le cinéaste, tant Créatures Célestes se détache énormément de l’ensemble de sa filmographie. Si vous avez apprécié ses deux trilogies de film et King Kong, tentez le coup avec ceci, vous risquez d'être surpris.
Et puis : Eh, ce film a permis à Kate Winslet de lancer sa carrière et on l’aurait peut être pas eu dans Titanic sans ça, comment je pourrais ignorer ce truc ?

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