Pour ses 60 ans, Bryan Cranston obtient enfin un premier rôle au cinéma et une nomination pour l'oscar du meilleur acteur. Son talent était déjà reconnu grâce à son interprétation de Walter White dans Breaking Bad, mais il lui manquait une grande performance dans un long-métrage pour asseoir sa réputation. Dans la peau du grand scénariste Dalton Trumbo, il va nous emmener dans une période sombre de l'histoire américaine à travers le maccarthysme. La réalisation académique de Jay Roach ne va pas rendre hommage à cet homme, c'est un luxueux téléfilm avec un superbe casting.


Ce n'est pas un biopic, mais le combat d'un homme face à une Amérique en pleine paranoïa à cause de la guerre froide. On retrouve Dalton Trumbo (Bryan Cranston) dans son bain, avant qu'il ne soit accusé de connivence avec la Russie. Il est en plein processus créatif dans un lieu qui n'est pas approprié pour ce genre d'exercice. Comme tout génie, il aime faire les choses à sa manière et n'apprécie guère qu'on tente de lui imposer un mode de pensée unique. C'est un esprit libre qui trouve dans le communisme des valeurs lui convenant. Il va expliquer à sa fille Nikola (Madison Wolfe), ce que représente cette doctrine pour lui dans une scène un brin mièvre. Elle est représentative de l'ensemble de l'oeuvre qu'on va découvrir.


Le classicisme du film dessert son sujet. Il y a un excellent travail sur les décors, mais cette belle forme ne compense pas un fond moins bien loti. Par son interprétation, Bryan Cranston masque momentanément les failles d'un récit trop simpliste. L'absence d'émotions pénalise l'histoire, la prison ne semble pas être si éprouvante malgré l'accueil de Virgil Brooks (Adewale Akinnuoye-Agbaje). La perte de revenus, le déménagement et la situation de Dalton ne perturbe pas trop la vie familiale des Trumbo, avec une femme au foyer bien silencieuse (Diane Lane). Il faut revenir au début pour avoir un semblant de tension lors des auditions des dix d'Hollywood, dont fait parti Dalton. Les dialogues vont se révéler brillants, surtout les réparties pleines de finesse du scénariste. Cela permet de rendre le film agréable, grâce à la légèreté de son humour. Au contraire, le côté dramatique souffre de la superficialité des rapports entre les divers protagonistes.


Hedda Hopper (Helen Miren) représente le mal, alors que Dalton Trumbo est le bien. C'est très simpliste et cette absence de réflexion sur la motivation de cette ancienne actrice devenue une figure du maccarthysme, ne permet pas de rendre le film plus subtil. Ce qui est intéressant; du moins au début; c'est la découverte des positions prises par des grands noms Hollywood. John Wayne (David James Elliott) se révèle être un patriote à la réflexion limitée, comme Ronald Reagan (futur président des états-unis) où Robert Taylor. Cette plongée au cœur d'un système nourri par la paranoïa et diabolisant le communisme est intéressante, de même que l'hypocrisie et les retournements de veste permettant de continuer à vivre dans l'opulence. Il y a aussi ce besoin irrépressible d'avoir un ennemi où d'en créer un. En cela, le film permet de mieux cerner un des nombreux visages de l’Amérique, un pays qui souffre de schizophrénie, en s'autoproclamant le défenseur de la liberté, tout en limitant celle-ci en son sein. Cette page trouble de son histoire en est une parmi tant d'autres et l'ascension de Donald Trump démontre son incapacité à se remettre en question. On peut aisément faire le même constat en France et ailleurs.


En dehors de cette réflexion sur la société américaine et de la performance de Bryan Cranston, on a aussi le plaisir de retrouver John Goodman, Louis C.K. et Michael Stuhlbarg dans des compositions savoureuses. Malgré tout, cela ne reste que des éclairs de génie dans une oeuvre complaisante à cause de la réalisation trop académique de Jay Roach. On peut aussi s'étonner de l'absence de toutes références à une des œuvres majeures de Dalton Trumbo : Johnny s'en va-t-en guerre. Certes, on va nous parler de Vacances Romaines, Les clameurs se sont tues, Spartacus et Exodus, qui correspondent à sa mise à l'écart des studios à cause de sa présence sur la liste noire. On va aussi nous conter sa période où il écrit des scénarios mineurs pour un producteur ne désirant que du sexe et de la violence. C'est aussi une manière de nous montrer qu'il va continuer à vivre de son talent malgré tout les obstacles, en dynamitant le système de l'intérieur. Son intelligence va lui mettre de retrouver la lumière avec l'aide de Kirk Douglas et Otto Preminger. Son parcours hors du commun avait besoin d'un metteur en scène plus ambitieux.


Bryan Cranston est une raison suffisante pour voir ce film, par ailleurs sympathique mais loin d'être inoubliable. Cela permet aussi de redécouvrir Dalton Trumbo et de se pencher sur cette période obscure des états-unis.

easy2fly
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le 3 mai 2016

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Laurent Doe

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