Et si vous vous laissiez conter ce thé ?

Avis sur Dans un jardin qu'on dirait éternel

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Quand un enfant commence la période du « pourquoi », il questionne tout. Au Japon, plus qu’ailleurs, ce questionnement concerne aussi le sens des gestes liés aux traditions, comme ceux de la cérémonie du thé. Mais que répondre à un enfant quand ce sens ne peut être compris que par la répétition précise, sous la direction d’un maître aussi exigent que sévère ?
Si je ne vous ai déjà perdu avec cette introduction, continuons notre chemin « Dans un jardin qu'on dirait éternel ». Tatsushi Ōmori nous livre un film aussi délicieux, subtil et délicat que le meilleur des wagashis (pâtisseries traditionnelles servies avant le thé).
Rarement la culture Japonaise n’a été aussi bien livrée et même décortiquée avec autant de grâce. Sa singularité et sa poésie infusent délicatement tout au long du film qui est volontairement répétitif mais pas ennuyant pour autant.
Qu’il est bon de pouvoir pénétrer dans cette maison traditionnelle où minimalisme, tatamis et shōji (parois en papier translucide monté sur une trame en bois) font bon ménage.
Les 4 saisons (détaillées en 24 périodes au Japon) sont visibles dans ce qui pourrait être un pavillon de thé, doté d'un superbe jardin d'une époque révolue où les habitants des villes avaient de la place. Pour bien évoquer les saisons qui passent, un gros travail a été effectué sur les lumières, les éléments (comme la pluie), les sons ainsi que la couleur des plantes. Ainsi, chaque saison est détaillée et apporte son lot de nouvelles traditions, de petits plaisirs et de contraintes.
C’est dans ce cadre digne d’une bulle de sérénité que nous assistons, tels des témoins très privilégiés, à la relation entre le maître et son élève. Ces deux personnages sont campés par des actrices non seulement excellentes mais qui sont en plus au diapason (à faire pâlir d’envie Yamaha). C’est d’autant plus touchant qu’il s’agit de l’ultime rôle de la fabuleuse Kiki Kirin qui est absolument parfaite en gardienne des traditions. Il y a un fossé entre Madame Takeda et Noriko, interprétée par ce qui pourrait être sa relève, Haru Kuroki. Cette dernière est tout aussi touchante et pétillante.
Si les émotions sont filtrées (comme il se doit au Japon), elles restent omniprésentes, sincères et accompagnées par de jolis kakemonos (rouleaux accrochés au mur) changés aux moments opportuns pour délivrer une citation poétique en accord parfait avec la saison ou l’actualité des protagonistes. L’évolution de cette relation complexe est un régal et l’ensemble de l’œuvre est une expérience sensorielle qui invite à se poser pour apprécier la vie au fil des saisons, tout en vivant pleinement le moment présent. Après tout, le bonheur n'est-il pas de savourer avec autant d’intensité, les mêmes choses répétées inlassablement ? Un bien bel éloge aux traditions, à la lenteur, qui ouvrent des perceptions sur le sens de l’existence, aux choix que l’on fait, comme celui du travail bien fait au prix de la ténacité.
Savourez ce thé simple en apparence, pourtant très raffiné, aussi léger qu’intense en accord parfait entre le passé et le présent.

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