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Avis sur De l'autre côté du vent

Avatar Moizi
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The over side of the wind est un film juste fou tellement fou qu'il n'y a plus réellement de différences entre ce film et la réalité. Le film parle d'un réalisateur talentueux, mégalo, joué par un John Huston magistral, d'un film qui n'est pas terminé, de problèmes financiers et surtout d'un réalisateur qui meurt sans avoir pu finir son œuvre (le film s'ouvre là-dessus).
D'ailleurs les liens entre le film et la réalité sont si étroits que lorsque l'on entend au début du film Peter Bogdanovich (c'est lui qui a terminé le film pour Netflix) parler d'un grand réalisateur mort sans avoir vu finir son film, j'ai eu un doute, parle-t-il de Welles ou du personnage de John Huston ?

L'histoire du film est fascinante et l'est d'autant plus aujourd'hui (et une fois n'est pas coutume je regarderai sans doute les différents docus sur le sujet disponibles en même temps que le film sur Netflix). Mais au-delà de ça, le film est juste dingue, que ça soit au niveau des dialogues, de la mise en scène et surtout du montage.

En gros au départ Peter Bogdanovich (qui joue le jeune protégé de John Huston dans le film et qui était le protégé de Welles dans la vie) nous explique que ce film est fait à partir d'une multitudes de sources vidéos (à une époque sans téléphone mobile, c'est dire à quel point Orson Welles était prophétique d'une époque où tout le monde filmerait tout et n'importe quoi sous tous les angles différents possibles) et on se retrouve avec de la couleur, du noir et blanc, du 8mm, du 16mm, c'est un joyeux bordel ! Mais surtout ça fait du film l'un des premiers found foutage (avant même Cannibal Holocaust). Tout le film se situe durant la fête d'anniversaire du réalisateur qui fête ses 70 ans.

Une fois le postulat de départ posé, on a sans doute l'un des films les plus minutieux que j'ai pu voir, parce que oui ça semble être un bordel constant entre les passages aux différents formats d'images, de la couleur au noir et blanc, etc, mais tout est fait dans un sens, tout est fait pour que ça soit compréhensible pour le spectateur.

Je veux dire on commence au départ avec un montage alterné qui permet de suivre le réalisateur et son protégé qui sont dans une voiture avec des journalistes, on a John Huston qui boit du whisky au volant et ça c'est fabuleux, je ne pensais pas voir ça un jour, un car qui amène des gens à la fête d'anniversaire et surtout on voit un type qui peut financer la fin du film se faire projeter ce qui a déjà été tourné. Le rythme est effréné on passe de l'un à l'autre sans jamais n'avoir ne serait ce que le temps de s'ennuyer, mais surtout c'est l'occasion de poser la relation entre le réalisateur et son protégé et de montrer le début du film The other side of the wind et de comprendre son histoire, tant en posant la question des problèmes financiers pour finir le film.

Et lorsqu'on arrive à la fête, le film devient un véritable festival, assaillit de questions venant de partout, avec des réponses cinglantes, c'est réellement jouissif ! Orgasmique même ! Je dirais presque qu'on a une version sous acide et sous excta (en même temps n'ayons peur de rien) de la séquence d'entretien avec Melville dans A bout de souffle, on pose plusieurs fois les mêmes questions, les cut sont brutaux on passe à autre chose, on y revient, la question se répète, on répond par une pirouette.

Et en même temps on a ce drame qui se joue, parce que l'on sait depuis l'ouverture que ce soir, c'est la dernière soirée du réalisateur et qu'il va faire un accident de voiture... Toute la construction du film est folle pour arriver à ce point, pour en arriver à la dernière séquence, pour en arriver à la dernière image du réalisateur prise juste avant qu'il ne se tue (volontairement ou non, le film ne tranche pas réellement, même si sa dernière discussion laisse sans doute comprendre des choses).

C'est un salaud, un enfoiré de première, il a tous les défauts du monde et pourtant ce final est vraiment beau, on le prend en empathie.

Et pendant tout le film qui va à cent à l'heure on capte les détails qui forment cette tragédie qu'est la vie. C'est juste fascinant. C'est clairement un film hypnotisant.

Et vu la précision du travail de montage, je ne sais pas dans quel état Bogdanovich a repris le projet, mais ça devait être un sacré merdier pour s'y retrouver, mais en tous cas, là, c'est juste parfait, pas un temps mort et tout transpire encore aujourd'hui, 33 ans après la mort du cinéaste, une putain d’œuvre avant-gardiste, loin de tout politiquement correct... C'est simple, je n'ai jamais rien vu de tel, alliant à la fois la précision dans les dialogues, le montage et puis mine de rien une sacrée classe dans la mise en scène, parce que ça a beau être des prétendues images amateures (on y croit là n'est pas le problème), mais John Huston qui fume son cigare, il empeste quand même méchamment la classe.

C'est un pur régal de chaque instant, une ultime leçon de cinéma. Je suis aux anges face à une telle maîtrise et une fois n'est pas coutume, je pense que je le reverrai.

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