Des monstres, des communistes, c'est pareil tout ça !

Avis sur Des monstres attaquent la ville

Avatar Softon
Critique publiée par le

Concrètement, THEM (titre VO) est un film fantastique de monstre géant correct en son genre. Il oscille parfaitement entre la suggestion et la menace représentée physiquement à l'écran (impressionnantes ces fourmis pour un film de 1954). Il est amusant de s'apercevoir que le film sort la même année qu'un autre grand classique japonais du genre : Gojira (ou Godzilla pour les occidentaux).

Pour apprécier pleinement Des Monstres attaquent la ville, il faut se projeter dans le contexte de l'époque. Nous sommes en 1954, en pleine Guerre Froide. Le Monde est encore sous le choc de la bombe nucléaire et des menaces qui découlent du combat idéologique entre les Etats-Unis et l'URSS. Cette thématique du nucléaire est aussi reprise dans Gojira. C'est un sujet fort à l'époque qui touche tout le monde. Là où ça devient intéressant, c'est que le film présente les dangers des radiations : Outre son aspect destructeur, ce sont les effets secondaires qui sont relativement peu connus. Ainsi, les réalisateurs de l'époque s'imaginent que les effets du nucléaire peuvent avoir des conséquences monstrueuses sur les êtres vivants, en l'occurrence ici l'accroissement impressionnant des fourmis.

Ce qui est cocasse et qui relève plus de l'implicite, c'est que le film se montre plus comme une fable propagandiste sur la réussite du système américain. De plus, on peut associer les fourmis aux partisans communistes, l'URSS en général. En effet, les affiches du film insistent sur le rouge des fourmis alors qu'il n'en est jamais question pendant le film. Une réunion de scientifique américain pendant le film nous apprend même les mécanismes de comportement de ces insectes : Le Docteur Medford les décrit comme des « guerrières féroces, courageuses et impitoyables », un peu comme les combattants russes décrits comme acharnés et violents durant la seconde Guerre Mondiale. Il dit d’elles que « de leur prisonnières, elles font de serviles ouvrières », une manière d’imager les goulags russes et d'insister sur la capacité de travail et d’organisation sociale de ces fourmis. Qui a dit système stalinien ?

Le scénario se révèle intéressant et plutôt que s'attacher au désastre et à la catastrophe d'une telle invasion (en partie à cause du caractère mensonger des affiches), Them s'applique à présenter les différentes étapes de gestion de l'administration américaine avec tout son lot de suprématie et de gloire au système US qu'il comporte. On a des dialogues zoologiques passionnants autour du fonctionnement comportemental des fourmis. Le film est plus savant qu'il n'y paraît (contrairement à d'autres films de monstres) sans pour autant paraître redondant. Evidemment, pour préserver la sécurité de la Terre, il faut exterminer la vermine, ces fourmis et donc implicitement les communistes de la planète sous peine de la voir réduite à néant par ces monstres rouges. La crainte des honnêtes citoyens est, au delà du combat qui s'annonce inévitable, mise en avant et insiste sur le caractère primordial de protection de ses compatriotes que le système américain se doit d'appliquer.

Le film a peut-être perdu son caractère impressionnant de l'époque, pas kitsch pour autant, mais il faut reconnaître qu'on ressent des choses. De la crainte, de l'effroi, de la compassion pour nos valeureux justiciers américains. En plus, on a un James Whitmore (Quand la ville dort, La Planète des Singes, le vieux prisonnier dans Les Evadés) au top dans ce film qui fait figure de "main actor" et donne une plus-value au film. En soi, et même si idéologiquement méprisable, le film est réussi.

Ainsi, on pourra se révolter contre la portée idéologique du film. Personnellement je le prend comme une fantastique archive témoignant des années Guerres Froides. Le film prend tout son sens en l'interprétant avec le contexte dans lequel il a été réalisé. Des Monstres attaquent la ville, c'est ce genre d'oeuvre qui nous prouve que le cinéma avait une dimension propagandiste (diabolisation du communisme) autrefois avant d'être un support artistique, culturel et/ou de divertissement.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 718 fois
7 apprécient

Softon a ajouté ce film à 2 listes Des monstres attaquent la ville

Autres actions de Softon Des monstres attaquent la ville