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Deux ans après le bouleversant Mommy et un Prix du Jury (mais une Palme d’Or logique pour tout le monde), Xavier Dolan retrouve le tapis rouge du Festival de Cannes accompagné d’un casting exclusivement composé de stars françaises, le tout pour l’adaptation d’une pièce délicate de Jean-Luc Lagarce. Soit, un huis-clos familial où le malaise s’illustre à travers les relations tendues entre chaque personnage. Et quand celui qui était parti douze ans auparavant, décide de revenir pour annoncer sa mort, le retour du fils prodigue va amener cette famille au bord de l’explosion.


Avec cette adaptation, Xavier Dolan se fait plus mature et s'attelle pour la seconde fois -après Tom à la ferme- à l’exercice ô combien périlleux de l’adaptation. Une adaptation à demi-risque néanmoins, puisque la pièce de Jean-Luc Lagarce est un matériau tout taillé pour Dolan. Focalisé sur ce personnage d’un homme seul subissant sa différence, Xavier Dolan apporte assurément de sa personne et nous conte, à sa manière, les dysfonctionnements de sa propre vie familiale. Il y a deux ans, il arrivait à nous arracher une larme avec un morceau de Céline Dion. Cette année, il tente de nous transporter en nous ramenant plus de dix ans en arrière, avec le tube moldave Dragosta Din Tei du groupe O-zone. C’est la preuve que le cinéaste persiste dans son style, en faisant à nouveau appel à certains éléments identitaires de Mommy et plus largement de ses autres films. Xavier Dolan nous livre ainsi sa vision du genre, très bourgeois et théâtral, qu’est le repas de famille en huis-clos. Il fait ainsi ressentir comme personne la difficulté de communiquer correctement dans cette famille, tout comme il fait peser lourdement le sentiment de claustrophobie. Malheureusement pour lui, cette posture artistique n’en fait absolument pas un film agréable à regarder. Juste la fin du monde est un film malade. Malade par sa mise en scène, ses acteurs en pleine crise de nerfs, son recours maladroit à la musique, et sa lumière sépia qui ne sied qu’à moitié au cadre oppressant de l’intrigue.


De ce repas de famille qui est le postulat de départ du récit -qui doit sans doute bien mieux fonctionner au théâtre- Xavier Dolan n’arrive qu’à employer ses acteurs de la manière la plus hystérique et irritante possible. Entre les cris stridents, les silences pesants, les balbutiements interminables et les regards tournés vers le sol, on ne souhaite qu’une chose : quitter cette table et prendre le dessert à la maison. Peut-être que le problème du film réside justement dans son casting cinq étoiles. Car moins que les performances, ce sont les célébrités que l’on regarde se déchirer; d’abord avec une jubilation coupable puis avec une exaspération interminable (Cotillard en gênée balbutiante étant la plus insupportable à regarder, contrebalançant avec sa jolie prestation dans Mal de Pierres). On se sent mal de voir de si bons acteurs être employés dans une telle mascarade, Nathalie Baye cabotinant en mère exubérante, Léa Seydoux en rebelle chialeuse et Vincent Cassel, l'habituel connard impulsif de service. Seul Gaspard Ulliel, timide et jamais à sa place arrive à susciter de l'empathie et tirer son épingle du jeu. On aimait les ouvertures au monde et les déambulations des personnages dolaniens dans ses précédents films, on regrette amèrement qu’ici ils ne soient filmés qu’en gros plans et sous toutes les coutures. Juste la fin du monde devient alors une succession de photos de profil où les visages radieux, malades, gênés, enflammés, s’enchaînent avec la plus grande frustration. Un bal de plans serrés qui devient à la longue étouffant.


Le parti-pris est affirmé et peut-être qu’il est là le génie du film, nous faire ressentir comme jamais le malaise d’un repas de famille qui dure. Quelques dialogues sonnent très justes et la reprise du contrôle de la situation par Gaspard Ulliel laisse espérer un climax apocalyptique réjouissant. Il n’en sera rien et tout ce qui faisait la vie, la folie, et la frénésie des films dolaniens se fait définitivement absent. Les défenseurs du québécois diront qu’il a pris en maturité et que sa naïveté insouciante évolue en regard hanekien sur les relations d’une famille dysfonctionnelle. Mais comptant autant d’adorateurs que de pourfendeurs, Xavier Dolan n’est pas prêt de réconcilier les deux camps.


Juste la fin du monde sonne comme le changement de ton d’un cinéaste qui décide de filmer l’hystérie dépressive de la vie au lieu de la célébrer comme il le faisait jusque là. Bien que le film soit secoué par toute l’énergie des acteurs en total roue libre, l’entreprise de Dolan tourne à vide et n’offre, à l’arrivée, que le résultat d’une démonstration vaine, hystérique et assommante. En tentant de s’adapter à un matériau qui lui ressemble, Xavier Dolan démontre qu’il ne maîtrise pas encore les sujets qui ne sortent pas de sa tête. Le jeune cinéaste reste néanmoins l'un des réalisateurs les plus fascinants de sa génération et on attend avec une hâte non dissimulée son prochain film, The Death and Life of John F. Donovan, son premier film tourné en anglais.


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Softon
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le 16 sept. 2016

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Kévin List

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