Seul au monde... à Séoul

Avis sur Des nouilles aux haricots noirs

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Kim Seung-geun est un loser. Endetté et largué par sa copine, il décide de mettre fin à ses jours en sautant d'un pont. Manque de bol, il se réveille sur une petite île au milieu du fleuve Han, en plein cœur de Séoul. Il pourrait bien téléphoner ou nager pour s'en sortir, mais son portable tombe en rade et il ne sait pas nager. Alors, il va falloir survivre, ce qui implique se trouver un logis convenable, manger, satisfaire ses besoins naturels, et cultiver du maïs. Mais ce que Kim ne sait pas, c'est qu'une jeune femme l'observe jour et nuit ; jusqu'à ce qu'elle entre en communication avec lui...

Le cinéma coréen est quand même magique. D'un scénario casse-gueule, Lee Hey-jun arrive à en tirer une comédie romantique douce-amère, critique de la société coréenne, du capitalisme, des relations sociales... Le film évoque aussi un autre phénomène peu connu en Occident, celui des Hikikomori, ces jeunes gens qui s'isolent de la société et qui ne vivent que par le biais d'Internet. Sans prendre de parti, négatif ou positif, Lee Hey-jun fait le portrait d'une fille attachante, qui s'ouvre peu à peu à l'extérieur - les séquences où elle sort de chez elle pastichent agréablement le cinéma d'espionnage. Le personnage de Kim est aussi bien traité, et surtout, jamais ses péripéties sont redondantes - comme ça pouvait être le cas dans Cast Away dans un autre genre.

Côté réalisation, Lee Hey-jun réussit à tirer le maximum de son histoire en multipliant les trouvailles visuelles. Le début du film tire clairement vers la satire sociale - et la séquence de la piscine est une vraie réussite. Ensuite, la caméra se fait plus neutre et quasi-documentaire ; et c'est le vrai point fort du film d'ailleurs, sa capacité à aller au bout de ses idées (les besoins naturels, la survie, etc.) sans pour autant renier la psychologie de ses personnages. Les rares dialogues - forcément - sont bien écrits, mais l'émotion passe vraiment par l'image. Les deux acteurs principaux sont excellents, mention spécial pour Ryeo-won Jeong qui donne vraiment un côté déluré à son personnage.

En fait, Castaway on the Moon montre la capacité qu'a le cinéma coréen à ne rien s'interdire. La situation loufoque de départ est suivi jusqu'au bout, les personnages ne sont jamais sacrifiés pour quelques gags visuels et la réalisation est d'une qualité irréprochable. Une vraie bouffée d'air, fraîche et insolente.

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