A désert et à sang

Avis sur Desierto

Avatar Clara_Gamegie
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Dans le désert, au Sud de la Californie, un groupe de clandestins mexicains essaie de passer la frontière. Mais là, au milieu de nulle part, ils se font attaquer. Les morts pleuvent, et bientôt ils ne sont plus que quatre. Trois hommes et une femme à devoir survivre dans une nature hostile.

Desierto est un film d'une troublante efficacité : 1h34 qui fait froid dans le dos, ou on retient son souffle, le spectateur plongé dans une course poursuite effrénée ou le chasseur chasse ses proies. On ne peut que saluer la prouesse du jeune réalisateur prodige : Jonas Cuaron réalise son deuxième film avec un budget serré (3 millions de dollars), dans des conditions difficiles : 10 semaines de tournage suivi d'un report d'un an ou ils seront obligés de tourner une ultime semaine, sous un soleil de plomb, deux acteurs s'étant évanouis les premiers jours de tournage.

Jonas Cuaron décrit son film comme un Gravity terrestre : en réalité, ses plans, majestueux, lui donnent une allure de western alors que son intrigue tient plus du slasher voir du survival-horror. Le film fait sans cesse penser à Massacre à la Tronçonneuse et le message est le même : ces rednecks perdus au fin fond de l'Amérique, aliénés par leur mode de vie solitaire ("Je veux sortir de cet enfer, dit-il dans le film), loin de tout, qui en deviennent fous et prennent le massacre comme un divertissement routinier : le tueur de Desierto part à la chasse à l'homme comme on part à la chasse au lapin. L'acteur, futur Negan de The Walking Dead, est parfait dans un rôle qui glace le sang, même si comme pour John Goodman dans 10 Cloverfield Lane, on peut reprocher à l'équipe du film de lui avoir créer une sorte de panoplie pré fabriquée du parfait psychopathe : chapeau de cow-boy, 4x4, drapeau indépendantiste des sudistes niché sur le toit de la voiture, sniper et clébard aux yeux rouges qui fait encore plus peur que le maître (et qui comme par hasard se nomme « Tracker » - pas besoin de vous faire un dessin-).

Le fait que les personnages ne soient que des archétypes est en fait un peu agaçant même si on ne peut nier que le résultat est là. Aussi, les clandestins ne sont définis que par leur condition : ce sont des clandestins et rien d'autre, même en ce qui concerne le personnage principal, dont on sait finalement peu de choses. A vouloir faire un film sur un sujet de société, le réalisateur oublie aussi de les penser comme des personnages à part entière et des êtres humains, en en faisant seulement des proies et des misérables, et on aurait sans doute aimer en savoir plus sur eux.

Malgré tout, c'est peut-être la meilleure façon de faire un film de genre : habiller son film d'atours horrifiques pour parler d'un sujet brûlant (c'est le cas de le dire). Du début à la fin, Desierto apparaît comme un long chemin de croix vers la liberté, dont certains seulement bénéficient, métaphore spirituelle étirée de ces inconnus qui doivent passer la frontière.

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