Après « Fatal » et « Vive la France », Michaël Youn ne semble pas tout à fait prêt à sauter le pas, bien qu’il se laisse moins de place dans le cadre. L’idée étant de développer des thèmes plus forts que ce que l’on rencontre communément dans les comédies du territoire français. Il y a alors une part du réalisateur qui s’exprime sur son expérience, mais il n’arrive pas bien à panser ses blessures. Pourtant appliqué jusqu’à rendre ses enjeux artistiques irréprochables, ou plutôt encourageants, il se fourvoie dans sa bulle pseudo-comique et mise davantage sur des artifices douteux, voire grossiers pour convaincre une audience qui en a vu d’autres et qui attend sans doute plus de subtilités, pour une fois. Hélas, l’humour s’approche souvent avec de grands sabots et nous ne savons pas comment l’accueillir, si ce n’est avec une indifférence garantie.


Un mariage brisé, un homme dépassé, Ben (Arnaud Ducret) est au fond d’un ravin sans espoir. Mais il fallait bien un Patrick (François-Xavier Demaison) pour lui remonter le moral. Nouveau riche qui associe la vie de divorcé avec le luxe, à l’image d’une villa de vices et d’excès, il profite de la solitude. Ce qui a de quoi ronger Ben qui le vit mal et qui tente bien que mal de préserver un espoir toxique. Youn nous invite donc à venir fêter ça, autour d’alcools et la nostalgie des années 80, chose qui, ironiquement, ne respecte pas les fondements du club qui a été monté. S’il ne veut pas rompre avec ce genre d’habitude, pas moyen que la complicité entre ces divorcés ne nous atteigne. Heureusement que la mise en scène sauve le peu d’éléments séduisants, qui sont confondus à tort avec la surprise de mauvais goût.


La présence féminine sonne avec le love interest et ne surclasse pas d’autres portraits de femmes indépendantes. Marion (Caroline Anglade) constitue ce visage que l’on identifie comme vivant, mais qui peine à défendre son point de vue de femme forte. Ce personnage trébuche dans une telle facilité, qu’il ne lui est pas permis de revendiquer sa liberté, également en tant que célibataire. De ce fait, les clichés s’enchainent et le récit devient hautement prévisible. Et ce sera sur le dernier acte que le divertissement blesse, car il avait encore une échappatoire, une raison de revendiquer de l’originalité ou même de l’exploit. Dommage que la comédie se veille uniquement « drôle » sur le papier, mais qui se révèle alors « kool et beauf ».


Si le postulat de départ n’engageait à rien, il y avait tellement de directions possibles pour ce « Divorce Club » qui ne revendique pas plus que d’autres comédies sympathiques et oubliables. Le film calque d’ailleurs, sans retenue, ses inspirations narratives chez d’autres succès internationaux, d’où certains gags potaches attendus et autres personnages décalés avec leur environnement. Ce qui n’est pas pour déplaire dans cette fanfaronnade salée, malgré quelques surprises, que l’on épingle en arrière-plan, sans jamais exploiter leur filon dramatique. En échange, open bar et petites tenues à gogo dans un buddy-movie trop simplet et maladroit avec ses personnages féminins.

Cinememories
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le 14 sept. 2020

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