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Dogman, ma critique

Avis sur Dogman

Avatar leaakier
Critique publiée par le

Brutal, sombre et très efficace. Au premier regard, on oscille un peu entre drame humain dressé comme une fable et scénario de thriller pensé comme Drive (ici aussi, le personnage principal a une double casquette), mais la balance penche plutôt vers le premier et le récit évite heureusement la facilité ou les clichés du second genre. Dans la scène d’ouverture, on voit le frêle Marcello (souvent grimé d’un sourire d’imbécile heureux, ou le regard humide et doux), gentil toiletteur pour chien, et dealeur naïf à ses heures perdues, tenter de maîtriser un cabot particulièrement imposant et agressif. Cette séquence résume presque tout le film, où les parallèles entre homme et chien sont plus que nombreux, puisque cette métaphore est implicitement filée tout au long de l’histoire, où la condition humaine n’est étudiée qu’à l’aide de la figure canine, omniprésente.
Tout pourrait bien se passer pour Marcello, qui aime beaucoup les chiens et passe du temps avec sa fille (seule source de tendresse dans un univers animal et masculin) s’il ne suivait pas et ne défendait pas, à la manière d’un chien fidèle, son ami le caïd Simoncino, molosse violent et lunatique accro à la coke avec qui il forme un duo désaccordé et improbable, digne d’une farce. La bonté de Marcello, prise pour de la bêtise, est parfois comique : il revient sur les lieux d’un cambriolage commis par ses amis peu nets pour sauver un caniche. Ainsi, il va même jusqu’à éponger de son plein gré une peine de prison à la place de Simoncino. Après cette ellipse narrative (un an), on retrouve notre personnage changé, prêt à ne plus se laisser faire… l’engrenage de violence est lancé, donnant lieu à des scènes crues débordantes de brutalité, jusqu’à une fin dépourvue d’espoir.
L’une des révélations du film est Marcello Fonte, acteur méconnu au visage un peu tordu mais plein de grâce, aux faux airs d’Al Pacino ; un prix d’interprétation masculine serait amplement mérité. Le réalisateur Matteo Garrone a également un vrai sens de la mise en scène et sait composer ses plans, aidé par une belle photographie (tantôt froide et un peu verdâtre ou dorée, pour donner plus de force au soleil ou faire ressortir la saleté) qui transforme une petite ville maritime italienne assez laide, délaissée et rongée par la criminalité en beau décor de tragédie. A l’heure où les caméras emportées et les plans serrés qui accordent la priorité aux personnages et à leurs émotions sont à la mode, lui pose tranquillement sa caméra et élargit par moments le cadre pour concevoir ses plans comme des tableaux contemporains ou des photos qui rappelleraient parfois presque Edward Hopper ou un Tarkovski en période Stalker (en particulier vers la fin du film, avec un dernier plan qui reste gravé en tête) qui renforcent l’idée que les personnages sont prisonniers d’un quotidien parfois absurde. Un autre détail rend l’atmosphère très particulière et gomme toute poésie ou lyrisme : l’absence de bande originale (si ce n’est la musique qui provient de l’environnement direct des protagonistes) n’offre aucune échappatoire.
En conclusion, j’espère que ce bon film trouvera une place dans le palmarès !

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