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Panzer Dragouille

Avis sur Dragons 2

Avatar zombiraptor
Critique publiée par le

Quand j'étais ado, y avait un jeu vidéo que j'adorais : Panzer Dragoon. Les plus cultivés d'entre vous le connaissent déjà bien, les plus incultes eux peuvent encore se soigner, il n'est jamais trop tard pour voler sur un dragon. M'enfin je vais quand même entamer la cure en plaçant le sujet. C'est donc l'histoire d'un type lambda, chasseur comme un autre, qui un jour va se retrouver "désigné" pour chevaucher un dragon de combat et casser la gueule des méchants. L'énorme avantage de ce jeu, je m'en aperçois maintenant, c'était que les personnages ne parlaient pas, tout au plus pouvait-on apprécier le beuglement de son lézard de temps à autres, mais rien de plus. Dans Dragons 2, les personnages humains parlent... Un peu trop.

Panzer Dragoon (nan j'en ai pas fini avec lui), était un jeu tout à fait singulier, présentant un univers extrêmement fourni et travaillé pour son style de shooter linéaire (comprenez "t'avances et tu rentres dans le tas jusqu'à la fin du niveau"), comptant dans les rangs de sa création l'illustre Moebius, servant ici un travail fidèle à lui même et sans surprise : Exceptionnel et poétique, offrant à la fois de sublimes planches d'artworks et un caractère unique au jeu de chez Sega.
Unique, comparable à nul autre, empreint d'une atmosphère singulière et séduisante, courant sur le fil d'un scénario extrêmement simple tout en parcourant un monde bouillonnant de créativité. Une oeuvre inattendue qui fera date. Voilà bien qui me rappelle le premier Dragons. Un peu moins ce deuxième opus...

Dans Dragons premier, Harold est un moins que rien, faible, peureux, chétif et d'autant plus pitoyable qu'il est fils de chef. Harold est le rejeton incompris et renié d'un peuple d'ombres qu'il ne comprend pas et auquel il n'appartient nullement. Et c'est alors que le destin lui offre la chance unique de la reconnaissance que sur le pas de l'avènement, le chiard entêté claque la porte et change de voie. D'un revers, il change sa vie et change de monde. Un apprivoisement, un dialogue de signes, l'approche tâtonnante de deux animaux traqués, deux moitiés handicapées qui dans l'union retrouvent un envol nouveau. Gamin esseulé et dragon amputé lorgnent alors vers un monde de barbares ignares depuis les cieux, et lorsque le jeune fou rentre chez lui avec la pire menace de cette Terre comme animal de compagnie, il vaut en présence n'importe laquelle des armées. Nul besoin d'en faire beaucoup plus... pourtant...

Lorsque je compare la production de Dragons avec celle de Dragons 2, je ne peux m'empêcher de penser que le succès du premier était loin d'être prévu. C'était tout au plus une production estivale rapide pour tenter de glaner quelques billets pour les infortunés restés à la porte des salles du Disney d'alors (Alice aux Pays des Merveilles de Tim il me semble). Et ça a marché ! A production dégueulasse, rentabilité faiblarde. Le film est presque passé inaperçu en salle, et c'est seulement une fois en dvd que quelques téméraires ont osé insérer une telle galette dans leurs lecteurs, espérant surement calmer leurs bambins un court instant. Mince mais c'est pas si mal en fait... Qui s'en serait douté... de bouches à oreilles, Dragons devenait culte.
Alors forcément, une fois qu'un métrage se targue du sceau de "chef d'oeuvre", on peut se permettre d'investir et de multiplier la racine de tout ce qui faisait son succès par 10, au détriment de vrais personnages attachants et d'une histoire vraiment saisissante.

Ici, les gosses ont grandi et ce sont des ados qui chevauchent maintenant chacun leur dragon pour s'adonner à des courses complètement connes en soulageant leurs hormones quémandeuses par des grimaces débiles vers les sexes opposés. Tout de suite après, on a droit à un Iron-Harold en super armure de combat, chevauchant un Toothless sur le point d'évoluer en stegosaurus (au cas où : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/72/Stegosaurus_ungulatus.jpg/1024px-Stegosaurus_ungulatus.jpg) et suivi NON-STOP par sa copine braillarde (ok, j'en rajoute un peu mais c'est quand même gavant). Les autres personnages sont chiants et s'adonnent à tout ce que l'adolescence peut fournir de plus lourdingue dans l'humour asséché, entre vannes essorées et parades de séduction à la con.

[Un Spoiler... un démon de l'ancien monde... Si vous n'avez pas encore vu le film, cet adversaire est plus fort que vous... COUREZ !]

Harold va, comme dans le premier, faire une rencontre qui bouleversera sa vie, mais rien qui ne vaille l'apprivoisement d'une salamandre supersonique. Rien qu'une humaine ici, arrachant la simplicité limpide du conte animal de base à son terreau fertile pour planter les graines d'un nouvel arbre surexploité, le célèbre baobab de "C'est ta destiné", "Je suis ton père/ta mère", "Un jour ce royaume sera à toi", "Tu deviendras roi mon fils", "Guide les vers la lumière", "blablabla".
Du marmot au seuil de l'abandon qui retrouvait sa confiance au travers d'un animal déchu, on passe au super héros rebelle qui retrouve sa maman. Qui danse avec son papa. En chantant, lalala. Avec plein (genre plein) de dragons qui valsent derrière dans tout un tas de couleurs criardes avant de laisser place à une guerre super épique de bestiaux super épiques crachant des flammes super épiques dans des grands plans larges super épiques pour montrer la grosse puissance des nouveaux ordis. Lassant.

Mais bon, reste que ce n'est que comparaisons avec le premier opus, et que tenir tête à une telle réussite était loin d'être très envisageable. Alors on devrait se contenter de comparer ce Dragons 2 avec ses concurrents actuels, et force est d'avouer qu'en matière de fantasy-aventure, le film se pose là. Des designs de bestiaux superbes, une animation soignée, quelques plans sublimes, ça vaut le prix d'la place, pour sûr. Et ça doit aussi générer quelques artbooks d'un très haut niveau, c'est pas une mauvaise chose.
Le film conserve même son esprit "adulte" dans certains choix scénaristiques que même certains des gros blockbusters tous publics se seraient difficilement permis, à tel point qu'on regrette qu'il n'y ait pas plus de grosses punchlines à base d'insultes vengeresses... (genre "J'vais t'éclater la gueule espèce de connard" tout en crachant des salves de rayons enflammés, ça l'fait toujours bien)
En attendant, j'avais mis 7 à ce gros jeu vidéo qu'était la Désolation de Smaug parce qu'il y avait un gros dragon, je mettrai 7 à ce gros fouillis dégorgeant qu'est Dragons 2, parce qu'il y a des gros dragons.

Et paf.

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