De Lynch à Villeneuve...

Avis sur Dune

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Pour cette génération qui a grandi avec DUNE, la version de David Lynch en 1984 est encore bien présente dans les mémoires. Déboulant tout juste derrière le succès de la 1ere trilogie SW et nous invitant à nous plonger dans l'immensité du roman, elle avait su trouver son public, mais laisse derrière elle quelques lacunes et frustrations que seule une nouvelle adaptation réussirait à combler. Villeneuve aura lui aussi du mal à s'en défaire, mais partira de cette volonté de suivre le roman à la lettre.

Ce DUNE apporte de multiples améliorations visuelles, une 'Production Design' très soignée et sophistiquée, exprimant à la fois démesure et minimalisme. Nos protagonistes adoptent des postures et tenues martiales à mi-chemin entre médiéval et Grand Empire au milieu d'immenses et superbes décors. Du message écologique initial, Villeneuve présente d'abord l'aspect militaire, dans sa façon de dépeindre cet univers, on pourrait facilement le transposer à notre propre histoire. Les différents seigneurs de la guerre vont se heurter au climat hostile de Dune, tel Napoléon lors de sa campagne en Egypte. L'Empire Galactique cherche à s'emparer des ressources d'Arrakis, tout comme l'Empire Colonial celles de l'Afrique du nord, les Fremens ayant des similitudes avec les Touaregs ou peuples berbères. Quand elle n'est pas troglodyte, l'architecture dépouillée d'Arrakis est parfois d'inspiration égyptienne laissant entrevoir des bas-reliefs sur des constructions monumentales. Denis Villeneuve développe le contexte avec application, s'appuyant sur des détails qui rendent l'ensemble palpable, le climat est si aride, que les quelques palmiers sacrés ne survivent que par la main de l'homme. Au fil du récit, le sentiment de froideur et de rigidité des scènes et des acteurs, très pesant au départ mais nécessaire à l'installation des enjeux, s'estompera peu à peu, lorsque les Atréides seront mis à mal et que Paul prendra conscience de sa destinée et son attrait pour l’Épice. Tout comme son aîné, le thème musical est envoûtant, enveloppant, peut-être un peut trop présent dans les graves (vu en 4DX Dolby Atmos...) Plutôt monotone avec quelques pics d'intensité via des cœurs lyriques et suggérant subtilement le thème original de Toto en 1984, il reste assez éloigné de celui de Maurice Jarre et son Lawrence d'Arabie qui fut une des sources d'inspiration du premier.

Thimothée Chalamet en Paul Atréides est émouvant, son visage parfois impassible et livide, sa faible corpulence, me font regretter la force tranquille et la prestance de Kyle MacLachlan. Tous les deux empreints de la même innocence, le nouveau Paul est cependant plus proche du roman et n'aura pas besoin de refaire son brushing des 80's en plein désert ! Profitant d'un traitement plus étalé de l'histoire, Duncan Idaho et Gurney Halleck ont des rôles plus développés et dynamiques, à l'inverse du Docteur Yueh qui m'a paru transparent. Du côté antagoniste, le Baron Harkonnen nous terrifie par des scènes au visuel audacieux à la frontière du grotesque, cette fois-ci sans pustules et teintures rousses disgracieuses que Villeneuve remplacera par une sorte de boue noire huileuse. Sa cruauté et sa folie sont moins prononcées que la version déjantée de Lynch, il agit avec fermeté et détermination, privilégiant des intérêts matériels à la violence impulsive. Denis Villeneuve choisit la sobriété et la pudeur, nous épargnant les scènes graphiques et malaisantes de Lynch, les moments d'horreur seront ici traités hors-champs. Les sœurs Bene Gesserit, portées par la Voix de Charlotte Rampling et sans ce look grand-guignolesque au crâne rasé, véhiculent le message mystique de la prophétie avec conviction.

Prévu en deux parties, le film réagence l'histoire originale à sa manière, mettant en lumière certains personnages et événements avant d'autres. Les Navigateurs de la Guilde, simplement évoqués, apparaîtront sans doute dans la suite, ce qui peut provoquer une incompréhension lors du voyage des Atréides de Caladan vers Arrakis. Il est de même pour l'Empereur, la Princesse Irulan ainsi que Feyd Rautha. Les Modules étranges qui permettent de transformer la Voix en arme phonique sont ici supprimés, cette arme était intéressante mais restera l'apanage de Lynch car inexistante dans le Roman de Frank Herbert. Les boucliers de force, gros défaut du précédent, sont représentés par des vibrations et des couleurs pour différencier les types d'impact, ce qui a le mérite de rendre l'action plus lisible, mais s'apparente étrangement à un jeu vidéo. Les Distilles ont une apparence plus fonctionnelle, mélangeant tissus et formes organiques, ils semblent plus adaptés au désert que les combinaisons de plongée de Lynch. Les Ornithoptères sont enfin la belle surprise et réussite du film, survolant Dune telles des libellules géantes, elles sont à l'échelle de cet univers où les vers des sables font trembler les dunes sur des kilomètres.

L'expérience est bien plus esthétique et immersive que son prédécesseur, mais il manquera peut-être à ce DUNE, les petits chuchotements à l'oreille du spectateur où Lynch nous immisçait en coulisses dans les pensées des personnages. Je pense notamment à la scène du "Hunter Seeker" et celle de la "Boîte" qui auraient pu gagner en intensité dramatique. L’œuvre est malgré tout formellement plus mature, plus travaillée et assumée dans ses choix artistiques, exploitant pleinement les nouvelles technologies, lors de passages à la limite de l'obscurité ou au milieu de tempêtes de sable. Villeneuve peut remercier les précurseurs Jodorowsky et Lynch d'avoir débroussaillé le chemin avant lui, sans eux et sans les avancées en termes d'effets numériques, sa version n'aurait pu voir le jour. La deuxième partie confirmera si nous sommes arrivés à l'aboutissement tant attendu...

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